AccueilDroits de l'HommeTURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Ilyas Eren

TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Ilyas Eren

Sur la place Galatasaray à Istanbul, les Mères du Samedi ont tenu leur rassemblement hebdomadaire pour exiger vérité et justice sur les milliers de disparitions forcées commises sous la garde de l’État turc.

Cette semaine, leur voix s’est élevée pour İlyas Eren, un Kurde porté disparu après avoir été enlevé il y a 29 ans.

Originaire du district de Kulp (province d’Amed/Diyarbakır), İlyas Eren était un agriculteur père de huit enfants. Il vivait avec sa famille dans le hameau de Rindik, rattaché au village de Dêlit (Yeşilköy). Dans les années 1990, il a été arrêté et torturé à plusieurs reprises pour avoir refusé de devenir « garde villageois » au service de l’État turc.

Après la destruction de son village par l’armée turque en 1993, la famille s’est réfugiée au centre de Kulp. Le 11 mars 1997, alors qu’il attendait à la gare routière d’Amed, İlyas Eren a été enlevé en plein jour par des hommes se faisant passer pour des policiers. Des témoins l’ont vu forcé de monter dans un véhicule. Ce fut la dernière fois qu’il fut vu vivant.

Selon Jiyan Tosun, responsable de la branche stambouliote de l’Association des droits de l’homme (İHD), des témoins ont identifié le véhicule comme appartenant au chef de la principale association de gardes villageois de Kulp. Malgré une plainte immédiate de la famille, aucune enquête sérieuse n’a été menée. L’affaire a été classée sans suite et les responsables sont restés impunis.

Après avoir épuisé tous les recours internes, la famille a saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le gouvernement turc a lui-même reconnu qu’aucune enquête effective n’avait été conduite et que le droit à la vie d’İlyas Eren avait été violé. Pourtant, l’affaire a finalement été frappée par la prescription, perpétuant l’impunité.

« Aucune enquête efficace n’a été menée. La vérité n’a pas été établie et les responsables n’ont pas été jugés », a déclaré Jiyan Tosun. « L’État et le système judiciaire contribuent systématiquement à cette culture de l’impunité dans les cas de disparitions forcées. Mais nous continuerons à réclamer justice. »

La veillée s’est terminée par le dépôt d’œillets rouges sur la place Galatasaray, symbole de mémoire et de résistance pacifique face à l’oubli imposé.

 

 

Depuis près de 31 ans, les mères du samedi demandent justice pour leurs disparu.e.s
 
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
 
Les « mères du samedi » reprochent à l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
 
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.