SYRIE / ROJAVA – Un collectif de journalistes de la région d’Afrin a publié une déclaration condamnant la couverture médiatique officielle et gouvernementale biaisée des attaques antikurdes survenues lors des célébrations du Newroz les 20 et 21 mars 2026.
Alors que les familles kurdes célébraient leur fête traditionnelle, elles ont été la cible d’attaques physiques et d’insultes visant leurs symboles nationaux, notamment le drapeau du Kurdistan, à Afrin, sur la route Alep-Afrin et dans la ville d’Alep.
Dans leur communiqué, les signataires affirment sans détour : « En tant que journalistes et militants des médias, nous affirmons que cette couverture ne reflète pas la réalité, ignore les violations documentées et contribue à légitimer l’incitation à la haine et les discours haineux au lieu de les combattre. »
Les principaux reproches adressés aux autorités et médias officiels
Le collectif dénonce plusieurs points particulièrement graves :
Silence complice des institutions locales : Le Centre des médias d’Afrin et la Direction des médias locale, affiliés à l’administration, ont délibérément passé sous silence les agressions contre les civils kurdes et les atteintes au drapeau kurde. À l’inverse, ils ont couvert les agissements de groupes radicaux infiltrés dans le centre-ville en les présentant faussement comme de simples « résidents d’Afrin ».
Désinformation des médias d’État : La chaîne Al-Ikhbariya et l’agence officielle SANA ont ignoré les attaques anti-kurdes et les ont qualifiées de « manifestations populaires ». Elles ont justifié ces violences en les reliant à l’abaissement du drapeau syrien à Kobané, alors que les agressions à Afrin avaient commencé avant cet incident, inversant ainsi la chronologie des faits.
Complaisance d’un responsable officiel : Le 21 mars 2026, Moataz Khattab, directeur des relations avec les médias du gouvernorat d’Alep, se trouvait dans le centre-ville d’Afrin et y a publié une vidéo. Il n’a à aucun moment évoqué les violations commises sous les yeux des forces de sécurité, préférant présenter les groupes incitateurs comme l’expression d’une « colère populaire ».
Soutien politique aux agresseurs : Dans sa déclaration du 21 mars, le gouverneur d’Alep, Azzam Gharib, n’a fait aucune mention des attaques contre les civils kurdes ni des insultes au drapeau kurde. Il a au contraire remercié les groupes incitateurs pour leurs « fortes émotions ».
Un appel à la responsabilité
Les signataires rappellent aux autorités et aux médias officiels leurs obligations professionnelles et éthiques : « Nous appelons les autorités compétentes et les médias officiels à respecter leurs responsabilités, à transmettre la vérité telle qu’elle est et à s’abstenir de toute rhétorique ou couverture susceptible d’attiser les tensions ethniques ou de justifier de nouvelles violations des droits humains. »
Cette déclaration met en lumière une double peine pour la population kurde d’Afrin : la violence subie sur le terrain et l’effacement systématique de cette violence dans le récit officiel syrien. En minimisant ou en justifiant les agressions, les médias et responsables gouvernementaux ne font qu’alimenter un climat de haine et d’impunité dans une région déjà profondément fragilisée.