AccueilKurdistanBakurÉcocide à Adıyaman : les carrières et mines ravagent le Kurdistan du...

Écocide à Adıyaman : les carrières et mines ravagent le Kurdistan du Nord

TURQUIE / KURDISTAN — Dans la province kurde d’Adıyaman, durement frappée par le séisme dévastateur de 2023, la destruction environnementale s’accélère de manière alarmante en raison de l’expansion incontrôlée des carrières et des projets miniers.

Sur les quelque 27 kilomètres séparant le centre-ville du district de Çelikhan, pas moins de sept carrières et une mine de cuivre exploitée par la société Eti Bakır défigurent déjà le paysage. Ces sites d’extraction se multiplient à proximité immédiate de zones archéologiques et historiques majeures, dont l’ancienne cité de Perrhe (royaume de Commagène), un complexe de fontaines romaines et plusieurs chantiers de fouilles.

Des entreprises proches du pouvoir, telles que Derviş Çalı, Giba, Akdaş Madencilik et surtout Eti Bakır, sont à l’origine de cette intensification. À elle seule, l’usine d’Eti Bakır à Adıyaman (en kurde : Semsur) produit environ 159 000 tonnes de concentré de cuivre par an, contribuant directement à la dégradation accélérée de l’environnement.

Conséquences dramatiques sur l’écosystème et les populations

L’extraction intensive génère d’épais nuages de poussière qui recouvrent les terres agricoles, entravent la photosynthèse et font chuter les rendements, notamment dans la culture du tabac. Les pâturages sont contaminés, les dynamitages altèrent la structure des sols et perturbent les nappes phréatiques. De nombreuses sources d’eau s’assèchent ou changent de cours.

Les cours d’eau ne sont pas épargnés : la pollution est visible à l’œil nu dans le ruisseau Kanîya Mîr. Les habitants signalent une recrudescence de problèmes de santé respiratoires — toux chronique, irritations oculaires et nasales, sensation d’oppression thoracique — ainsi que d’autres affections liées à la poussière et à la contamination.

Les explosions répétées provoquent des secousses ressenties dans les villages environnants, augmentant le risque de glissements de terrain dans une région encore traumatisée par le séisme. Le trafic incessant de poids lourds aggrave la pollution atmosphérique et sonore, tandis que la perte de pâturages menace la survie du bétail et des moyens de subsistance traditionnels.

Face à cette destruction systématique de leur cadre de vie, les critiques et la colère des habitants ne cessent de grandir. (ANF)