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ROJAVA. Kobanê de nouveau encerclé

SYRIE / ROJAVA – On signale aujourd’hui la mobilisation sur plusieurs axes des gangs djihadistes contre la ville kurde de Kobanê au milieu d’une série d’attaques et de menaces anti-kurdes qui balaie la région depuis 3 jours.

Des sources locales et des observateurs font état de mouvements militaires accrus par des factions affiliées au gouvernement de transition syrien dans la campagne sud-est de Kobani, exacerbant les craintes d’escalade un jour après des célébrations de Newroz marquées par des provocations et des violences dans plusieurs régions kurdes.

Selon des rapports concordants, notamment du Syrian Observatory for Human Rights (SOHR) et de sources kurdes, les factions Al-Amshat (Brigade Sultan Suleiman Shah / Abu Amsha) et Al-Hamzat (Division Hamza) — intégrées à la 86e division du ministère de la Défense — sont revenues se positionner dans la ville de Jalbiya (Jalabiya) après un retrait antérieur conforme à l’accord d’intégration du 29 janvier 2026. Ces forces se seraient installées notamment dans l’école locale et auraient multiplié les actes perçus comme provocateurs envers la population kurde au rond-point de Jalbiya, dans un climat de tensions communautaires déjà élevé.

Des renforts et des mouvements de troupes ont également été signalés dans la zone de Kharab Ishk (Kharab Ashk), avec des convois de véhicules venant de directions comme Jarablus, Sirrin et Al-Shuyoukh. Les objectifs précis de ces mobilisations restent flous, mais elles interviennent dans un contexte de non-respect total des engagements de retrait des factions non étatiques des zones kurdes, malgré les progrès partiels de l’accord (retraits progressifs en février-mars, déploiement de forces de sécurité intérieure).

Contexte de l’accord et des frictions persistantes

L’accord du 29 janvier 2026, conclu après l’offensive gouvernementale de janvier contre les zones sous contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), prévoit :

  • Le retrait progressif des factions armées (dont Al-Hamzat et Al-Amshat sous commandement de la Turquie) des villages kurdes.

  • Le transfert des positions aux forces de sécurité intérieure (relevant du ministère de l’Intérieur) et à des éléments intégrés des FDS.

  • L’intégration des brigades des FDS dans les structures étatiques, y compris une brigade spécifique pour Kobanê.

Cependant, des retards et violations persistent : refus de retrait complet en février (notamment à Jalbiya et Sarin), pillages, destructions (centres de santé à Jalbiya et Sarin), enlèvements et agressions ciblant les Kurdes signalés en mars avant et après les retraits partiels du 5 mars. Ces actes ont alimenté la méfiance, malgré des avancées comme la prise de contrôle par le ministère de l’Intérieur de certains postes à Kobanê fin février.

Incidents liés à Newroz (21 mars 2026)

Les célébrations du Nouvel An kurde ont viré à la tension dans plusieurs zones :

  • À Afrin, Azaz, Alep et environs : Agressions physiques contre les Kurdes, incendies de véhicules, pillages des maisons kurdes, confiscation ou brûlage de symboles kurdes, dont les drapeaux du Kurdistan, menaces anti-kurdes.

  • À Hassakê et à Qamishlo : Les Kurdes sont descendus dans la rue pour dénoncer les attaques ciblant les Kurdes d’Afrin pendant le Newroz, imposition d’un couvre-feu partiel.

Ces incidents ont déclenché des manifestations (ex. à Qamisho contre les attaques ciblant les Kurdes) et des appels officiels à promouvoir la coexistence.

Risques d’escalade

La région reste fragile : malgré l’intégration en cours et des gestes comme des échanges de prisonniers ou des ouvertures de routes, la présence persistante de factions comme Al-Amshat et Al-Hamzat — accusées historiquement d’abus contre les Kurdes — alimente les craintes. Les incidents de Newroz (nouvel-an kurde) ont accru les divisions ethniques, dans un contexte où la ville kurde de Kobanê subit encore des restrictions (accès, services) et où la consolidation du pouvoir central reste inégale.

Des appels à une application stricte de l’accord et à la désescalade se multiplient. La situation évolue très rapidement.