IRAK / KURDISTAN – Il y a 38 ans, le 16 mars 1988, la ville kurde d’Halabja, au Kurdistan d’Irak, fut bombardée à l’arme chimique par le régime baasiste de Saddam Hussein. Cette attaque, la plus massive contre des civils de l’histoire moderne, tua environ 5 000 personnes – en majorité des femmes et des enfants – et en blessa près de 10 000 autres. Reconnu comme génocide par le tribunal pénal irakien en 2010, ce crime reste gravé dans la mémoire kurde.
Ce jour-là, des avions irakiens larguèrent un cocktail mortel de gaz moutarde, sarin, tabun et VX sur une population d’environ 40 000 à 70 000 habitants. Une odeur nauséabonde de pomme pourrie envahit la ville. Les victimes, croyant à un bombardement ordinaire, sortirent de chez elles ou ouvrirent leurs fenêtres – et s’effondrèrent asphyxiées, sans sang ni blessures visibles, figées dans leurs gestes quotidiens.
Les rues devinrent des charniers silencieux : corps entassés devant les maisons, dans les écoles, les mosquées, les marchés. Parmi les images les plus poignantes : celle d’Omar Khawar serrant son nourrisson contre lui, ou de familles entières mortes ensemble. Les survivants fuirent vers l’Iran, des dizaines de milliers déplacés de force.
L’opération, supervisée par Ali Hassan al-Majid (« Ali le Chimique »), cousin de Saddam, s’inscrivait dans la campagne Anfal – un génocide systématique contre les Kurdes (plus de 180 000 victimes au total). Halabja n’était pas un accident de guerre : c’était une punition collective pour le contrôle de la ville par les peshmergas.
Ali le Chimique fut condamné à mort et pendu en 2010 pour ce crime (entre autres), sans jamais exprimer de remords. Saddam Hussein le suivit en 2006. La corde de la pendaison d’Ali fut remise aux autorités d’Halabja en 2012 – symbole dérisoire face à la douleur persistante.
Aujourd’hui encore, les survivants souffrent de cancers, de maladies respiratoires chroniques, de malformations congénitales et de traumatismes profonds. Le mois de mars reste pour les Kurdes un temps de deuil : Halabja, Anfal, Shengal, Afrin, Sere Kaniyê, Kobanê… autant de noms qui rappellent la même mentalité génocidaire des États occupants visant l’effacement du peuple kurde.
Halabja n’est pas une page tournée. C’est un cri éternel contre l’impunité et l’oubli. Plus jamais Halabja.