IRAN / ROJHILAT – Zeinab Jalalian (Zeyneb Celalîan), militante kurde iranienne née le 10 mars 1982, est la plus ancienne prisonnière politique femme d’Iran. Arrêtée en mars 2008, elle purge une peine de réclusion à perpétuité dans la prison centrale de Yazd depuis novembre 2020, après avoir été condamnée initialement à mort pour « moharebeh » (inimitié envers Dieu), accusation liée à son militantisme pour les droits des femmes kurdes et qu’elle a toujours niée.
Qui est Zeinab Jalalian ?
Zeinab Jalalian (Zeyneb Celalîan en kurde), militante politique kurde née le 10 mars 1982 à Dim Qeshlaq, village de Maku dans la province d’Azerbaïdjan de l’Ouest, purge aujourd’hui sa 18e année de détention (approchant la 19e) dans les prisons iraniennes. Arrêtée en mars 2008 à Kermanshah à l’âge de 26 ans, elle est la plus ancienne prisonnière politique féminine d’Iran et la seule femme condamnée à la réclusion à perpétuité pour des motifs politiques.
Militante pour les droits des femmes kurdes, elle avait notamment visité des lycées de filles pour sensibiliser à la Journée internationale des femmes et distribué des fleurs aux élèves. Les autorités l’ont arrêtée violemment et l’ont accusée d’appartenance au PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), groupe kurde d’opposition armé qu’elle a toujours nié. Jugée en quelques minutes seulement, sans avocat ni défense digne de ce nom, devant un tribunal révolutionnaire de Kermanshah, elle a été condamnée à mort en décembre 2008 pour « moharebeh » (inimitié envers Dieu). La sentence a été confirmée en 2009, puis commuée en perpétuité en novembre 2011.
Depuis son arrestation, Zeinab Jalalian a été transférée de prison en prison comme mesure de punition : Evin (section 209), Kermanshah, Khoy, Gharchak (Varamin), Kerman, Dizel Abad, et enfin la prison centrale de Yazd depuis novembre 2020, où elle se trouve encore aujourd’hui. Elle a subi des tortures physiques et psychologiques répétées : coups portés les yeux bandés, flagellation sous les pieds, menaces de viol, isolement prolongé et interrogatoires coercitifs par les agents du ministère du Renseignement. Elle a également été diagnostiquée positive au Covid-19 en 2020 et transférée plusieurs fois pendant la pandémie dans des conditions inhumaines.
Sa santé s’est gravement détériorée en raison du déni systématique de soins médicaux, utilisé comme outil de torture et de pression. Elle souffre depuis des années de multiples problèmes résultant des tortures et des conditions carcérales :
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fibromes utérins multiples (au moins dix myomes), causant des saignements abondants, des douleurs abdominales insoutenables et une anémie sévère ;
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problèmes rénaux et digestifs ;
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infections buccales (muguet) ;
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ptérygion (croissance oculaire) entraînant une vision altérée ;
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infections dentaires ;
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difficultés à marcher et hémorragies internes.
En juin 2024, les autorités lui ont proposé un transfert à l’hôpital et des soins en échange d’une « lettre de repentance » ou d’une confession filmée – exigence qu’elle a fermement refusée, affirmant que les soins médicaux sont un droit, non une faveur. En septembre/octobre 2025, après des mois de douleur et sous pression internationale (notamment une déclaration conjointe de neuf rapporteurs spéciaux de l’ONU le 1er mai 2025), elle a enfin été emmenée menottée et enchaînée à un hôpital privé de Yazd pour une embolisation des fibromes utérins. Mais elle a été ramenée en prison seulement 24 heures après l’opération, contre l’avis médical, sans suivi post-opératoire, sans échographie ni IRM recommandés. Les autorités ont même prétendu avoir « perdu » l’ordonnance du chirurgien. Elle continue de souffrir de douleurs intenses, de saignements et d’anémie, sans accès à des soins spécialisés extérieurs à la prison.
Depuis près de 18 ans, Zeinab Jalalian n’a jamais bénéficié d’une permission de sortie ni de visites familiales régulières (interrompues depuis plusieurs années). Elle est maintenue dans des conditions inhumaines, souvent sans séparation des prisonnières de droit commun, et subit des pressions psychologiques constantes.
Son anniversaire, le 10 mars, rappelle non seulement le combat de milliers de prisonniers politiques kurdes, baloutches, arabes ou persans détenus dans des conditions indignes, mais symbolise surtout la résilience des militantes politiques iraniennes face à la répression systématique. Des organisations de défense des droits humains (Amnesty International, Hengaw, Kurdistan Human Rights Network, REDRESS, etc.), 22 ONG et 13 personnalités dont la Prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi ont lancé un appel urgent en septembre 2025 pour des soins vitaux immédiats et sa libération.
Zeinab Jalalian incarne la résistance silencieuse d’une génération de femmes kurdes qui refusent de se taire, même au prix de leur santé et de leur liberté. Sa situation exige une mobilisation internationale accrue pour mettre fin à ce déni médical délibéré et à cette détention arbitraire.