AccueilEuropeGrèceLa Grèce veut expulser un opposant turc pro-kurde

La Grèce veut expulser un opposant turc pro-kurde

GRÈCE – Les autorités grecques chargées de l’immigration ont rejeté la demande d’asile du militant Yannis Vasilis Yaylalı et ordonné son renvoi en Turquie. Elles justifient ce rejet par des crimes de guerre commis par l’armée turque dans les régions kurdes pendant les années 1990.

Les autorités grecques chargées des migrations ont rejeté la demande d’asile de Yannis Vasilis Yaylalı, militant des droits humains résidant en Grèce, et ont ordonné son renvoi en Turquie. La procédure, entamée en 2021, a été portée devant deux instances ; la décision écrite, motivée, a finalement été rendue après une longue attente.

Au cœur de cette décision se trouve le service militaire de Yaylalı au Kurdistan du Nord dans les années 1990. La justification qualifie de crimes de guerre les crimes graves commis durant cette période, notamment l’incendie de villages kurdes, la torture et la profanation de sépultures. Bien que Yaylalı ait affirmé ne pas avoir participé à ces crimes qu’il déclare seulement observés, les autorités grecs ont finalement utilisé son témoignage contre lui et lui ont refusé la protection, invoquant l’exclusion des crimes de guerre.

Justifications contradictoires

Dans le même temps, la décision reconnaît que Yaylalı a été victime de violations des droits de l’homme, de persécution politique et de répression en Turquie, et qu’il a subi par le passé des emprisonnements et des actes de torture. Néanmoins, les autorités concluent qu’un retour est possible, notamment à Bafra, sa ville natale sur la côte de la mer Noire, dans le nord de la Turquie, où il ne serait pas en danger immédiat. Cette évaluation contredit les risques documentés dans la même procédure : selon le dossier, plusieurs procédures judiciaires sont en cours contre Yaylalı en Turquie, notamment pour « espionnage », et au moins un mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Yaylalı lui-même affirme avoir déjà été emprisonné à Bafra et avoir subi des menaces, des pressions policières et une stigmatisation publique. Il soutient qu’il n’existe aucune autre possibilité de fuite intérieure sûre pour lui.

La critique au sein de la politique et de la société civile

Cette décision a suscité l’indignation au sein de la société civile et politique grecque. Partis politiques, personnalités politiques et militants des droits humains exigent la suspension de l’arrêté d’expulsion et la réouverture du dossier. Ils soulignent le risque réel de poursuites à motivation politique et le danger encouru par une figure emblématique de l’antimilitarisme. Yaylalı qualifie cette évaluation de politiquement motivée et insiste sur le fait que la décision a été prise la veille d’une rencontre entre le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le président turc Erdoğan à Ankara, le 11 février. Il appelle les organisations de défense des droits humains et les initiatives pacifistes à exercer une pression publique. Il est confronté à la fois à la répression d’État et aux menaces de réseaux ultranationalistes en raison de son militantisme en faveur des droits des Kurdes et de l’histoire des Grecs pontiques.

De nationaliste turc à militant pacifiste pro-kurde

Yannis Vasilis Yaylalı, anciennement connu sous le nom d’Ibrahim Yaylalı, a servi comme officier dans l’armée turque durant la guerre des années 1990 contre la population kurde. Blessé au combat en 1994 et emprisonné par la suite par les guérilleros du PKK, il affirme avoir rompu avec le militarisme et le nationalisme. Il est ensuite devenu militant pour la paix et les droits humains, a vécu un temps au Kurdistan, puis a fui en Grèce pour échapper à la répression du régime AKP/MHP. (ANF)