IRAN / ROJHILAT – Deux partis politiques kurdes iraniens ont rejeté un projet de loi visant à transformer le Centre de dialogue du front commun existant en une plateforme de coalition formelle pour les forces politiques kurdes d’Iran, retardant ainsi ce que beaucoup considéraient comme une étape importante vers une coordination unifiée de l’opposition kurde.
Les dirigeants de sept grands partis politiques kurdes iraniens, tous membres du Centre de dialogue, se sont réunis le 12 février pour finaliser un projet de plateforme unifiée pour une coalition des forces politiques kurdes. Ce projet n’a pas été approuvé, deux partis membres ayant refusé de le signer. Les partis ont convenu de reporter l’adoption de la plateforme de quelques jours afin de poursuivre les discussions.
L’objectif initial du Centre de dialogue était de jeter les bases d’une coalition stratégique plus concrète entre les principaux acteurs politiques kurdes.
Parmi les participants à la réunion figuraient Mostafa Hijri, secrétaire du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) ; Abdollah Mohtadi, secrétaire du Parti révolutionnaire Komala du Kurdistan iranien ; Peyman Viyan, coprésident du Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) ; Hussein Yazdanpanah, chef du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ; Reza Ka’bi, secrétaire des Travailleurs Komala du Kurdistan ; Seyed Ebrahim Alizadeh, secrétaire de l’Organisation Komala du Kurdistan du Parti communiste d’Iran (CPI) ; et Baba Sheikh Husseini, secrétaire de l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien.
Le Centre de dialogue a été créé à la suite du soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » [Jin, jiyan, azadî] de 2022, à l’issue d’un processus de consultation politique progressif et complexe. Depuis début 2025, il tient des réunions mensuelles régulières, la présidence étant assurée à tour de rôle par les partis membres. L’objectif initial du Centre de dialogue était de jeter les bases d’une coalition stratégique plus concrète entre les principaux acteurs politiques kurdes. Les efforts actuels portent sur l’élaboration d’une plateforme de coalition commune visant à unifier les positions politiques kurdes et à se préparer à d’éventuels scénarios de gouvernance, de transition politique ou de gestion de crise en cas d’évolution majeure de la situation en Iran.
Un projet de plateforme de coalition a été accepté par cinq partis : le KDPI, le PJAK, le PAK, les Travailleurs du Kurdistan de Komala et Khabat. Cependant, le Parti révolutionnaire de Komala et le Parti communiste d’Iran de Komala ont refusé de le signer.
Les principaux représentants des sept partis devraient se réunir à nouveau dans les prochains jours pour finaliser la décision.
Selon une source fiable citée par The Amargi, les objections du Parti révolutionnaire de Komala ne portent pas principalement sur le contenu de l’accord. Le parti souhaiterait mettre en place les sous-comités proposés et définir les modalités pratiques de coopération avant d’annoncer officiellement la coalition. D’autres partis, en revanche, jugent cette approche impraticable, estimant que les mécanismes institutionnels devraient précéder, et non suivre, un accord politique formel. Toujours selon cette source, le parti semble avoir ses propres calculs stratégiques quant au calendrier et à la structure de la coalition.
La position du Parti communiste d’Iran (CPI) de Komala est plus catégorique. Selon la même source, le parti estime que les conditions politiques ne sont pas encore réunies pour une telle coalition et préfère maintenir le dialogue et la concertation plutôt que de former une alliance formelle. Malgré ces divergences, les deux partis restent membres du Centre de dialogue.
Les représentants des sept partis devraient se réunir à nouveau dans les prochains jours afin de finaliser la décision. « L’objectif demeure d’intégrer les sept partis à la coalition en tant que signataires », a indiqué la source. « Toutefois, si aucun consensus n’est trouvé, la question sera de savoir si les cinq partis ayant déjà donné leur accord poursuivront la coalition de leur propre initiative. » Ce scénario devrait être au cœur des discussions lors de la prochaine réunion.
La formation d’une coalition unifiée entre les principaux partis politiques kurdes représenterait un changement majeur dans la structure de l’opposition kurde en Iran. Historiquement, ces partis ont œuvré en parallèle, souvent divisés par des divergences idéologiques, organisationnelles et stratégiques. Une coalition formelle pourrait donc constituer la première tentative sérieuse depuis des décennies de construire un front politique kurde coordonné.
Une plateforme kurde unifiée pourrait servir de catalyseur à une coordination plus large de l’opposition à travers l’Iran.
Les analystes soulignent qu’une telle coalition pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la politique kurde. Compte tenu de la relative cohésion des structures organisationnelles des partis kurdes par rapport aux autres composantes de l’opposition iranienne, une plateforme kurde unifiée pourrait catalyser une coordination plus large de l’opposition à travers l’Iran. Elle pourrait également ouvrir la voie à des alliances transnationales entre les mouvements kurdes de la région, ainsi qu’avec d’autres communautés marginalisées et groupes d’opposition en Iran.
Dans le même temps, les désaccords actuels soulignent les difficultés persistantes liées à la formation de coalitions entre acteurs politiques aux idéologies diverses. Le débat sur le calendrier, l’ordre institutionnel et les conditions politiques révèle des divergences stratégiques plus profondes quant à la manière et au moment opportun de transformer le dialogue en une unité politique formelle. La capacité à surmonter ces divergences déterminera probablement l’évolution future de l’opposition kurde dans les années à venir.
Article a été coécrit par Rojin Mûkrîyan et Kawe Fatehi
A lire en anglais sur le site The Amargi « Iranian Kurdish Parties Delay Landmark Coalition Agreement »