AccueilEuropeAllemagneALLEMAGNE. Der Spiegel accusé de faire la propagande d'al-Sharaa

ALLEMAGNE. Der Spiegel accusé de faire la propagande d’al-Sharaa

ALLEMAGNE – Les organisations kurdes nous alertent sur fait que ces dernières semaines, les analyses et les reportages élogieux du régime djihadiste syrien ont été publiés dans certains médias allemands, dont le magazine Der Spiegel. « Ces reportages sont souvent contestables et minimisent les crimes de guerre, notamment les violences sexuelles. Les auteurs islamistes de ces crimes, dans la lignée d’Al-Qaïda et de Daech, sont banalisés, voire blanchis, tandis que les victimes, majoritairement kurdes, sont présentées comme des bourreaux », nous rappelait récemment l’agence ANF. C’est dans ce contexte que des activistes kurdes et allemands ont manifesté hier devant le siège de Der Spiegel à Hambourg, accusant ce dernier de faire de la propagande du régime djihadiste syrien.

Manifestation kurde devant le siège de Der Spiegel, à Hambourg

Le Conseil des femmes de Rojbîn et de nombreux autres militants ont manifesté devant les bureaux hambourgeois du magazine d’information DER SPIEGEL pour protester contre sa couverture de la situation en Syrie. Samedi, le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) avait déjà vivement critiqué le magazine, l’accusant de relativiser l’idéologie violente du groupe État islamique (EI) et d’autres groupes terroristes dans sa description de la situation au Rojava, tout en propageant des discours misogynes. L’élément déclencheur de la manifestation était l’article « Comment une tresse, peut-être malavisée, fait bouger le monde », écrit par Christoph Reuter et Mohannad Alkhalil Alnajjar.

Heike Sudmann : L’autonomie de tous les groupes de population au Rojava

Heike Sudmann, députée au Parlement de Hambourg et coprésidente du groupe parlementaire du Parti de gauche, a exprimé sa solidarité avec les militants kurdes et, lors d’un discours prononcé devant le bâtiment du SPIEGEL, a appelé à un traitement médiatique nuancé et fidèle à la réalité. « Il est important que les médias allemands examinent de plus près ce qui se passe réellement sur place. Si l’on prétend soudainement qu’il ne s’agit que d’une autonomie kurde et que les Arabes sont opprimés, c’est faux. Nous ne pouvons que réaffirmer qu’il s’agit d’une autonomie des groupes ethniques qui y sont représentés, d’une autonomie des populations qui y vivent, ce qui signifie aussi qu’elles prennent leur destin en main et décident de leur propre avenir. Cela signifie ne pas se laisser dépendre d’un charia qui se prend soudainement pour un grand diplomate et un chef d’État autoproclamé », a déclaré la députée, faisant référence à la lutte des Kurdes contre Daech et d’autres groupes islamistes depuis 2014.

« Campagne de propagande pour al-Sharaa»

Des porte-parole du Conseil des femmes de Rojbîn ont condamné le reportage du SPIEGEL lors de discours prononcés en allemand et en kurde, affirmant que les auteurs de l’article ne s’étaient pas contentés de s’intéresser à la tresse que Rami al-Dahesh, ancien membre de l’EI, avait brandie devant la caméra avec un sourire. Leur objectif apparent était plutôt de remettre en question, de minimiser, voire de discréditer les crimes de l’armée d’al-Shaara, les qualifiant de campagne de propagande des Forces démocratiques syriennes (FDS). Les crimes de guerre commis par les soldats d’al-Shaara ont été documentés de manière exhaustive et méticuleuse, et des organisations de défense des droits humains telles que l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le Centre Jineolojî, des journalistes locaux, ainsi que les FDS et l’administration autonome ont publié ces dernières semaines des cas individuels et des compilations systématiques, chacun étant rigoureusement documenté, vérifié et étayé par des preuves solides.

« Humiliation ciblée des femmes »

La tresse que tient Rami al-Dahesh, souriant à la caméra, symbolise un message délibérément destiné à humilier les femmes qui combattent en première ligne contre l’armée islamiste d’al-Sharaa. Cette vidéo fait partie d’une série d’enregistrements réalisés par les hommes d’al-Sharaa, tous servant un seul but : dégrader les femmes qui refusent de se soumettre à cette idéologie islamiste. On y voit des images de combattantes capturées, présentées comme du butin de guerre, accompagnées de rires masculins odieux ; des images de corps de combattantes profanés et jetés du haut d’immeubles. Il s’agit, soit dit en passant, de femmes appartenant aux mêmes unités qui ont combattu Daech à Sinjar et Kobanê en 2014. Les mêmes femmes qui ont ensuite libéré Raqqa, la prétendue capitale de Daech. À l’époque, elles étaient célébrées dans le monde entier, y compris dans la presse allemande. Mais aujourd’hui, l’ennemi n’est plus Daech, mais un allié de l’Occident : al-Sharaa. « Et c’est probablement aussi la raison pour laquelle le journalisme allemand ne fait aucun effort pour dénoncer ces crimes, mais protège au contraire les auteurs », a déclaré la porte-parole.

De nouvelles manifestations « Jin Jiyan Azadî » annoncées

Durant la manifestation, le slogan « Jin Jiyan Azadî (femme, vie, liberté) » a été scandé à plusieurs reprises. Les militants ont annoncé qu’ils continueraient à descendre dans la rue pour exiger la reconnaissance de l’autonomie du Rojava et qu’ils ne toléreraient aucune information diffamatoire sur la situation réelle sur le terrain sans protester. (ANF)