SYRIE / ROJAVA – Un développement significatif pour la région : de nouveaux dispositifs de sécurité sont mis à l’épreuve dans les zones kurdes du nord-est de la Syrie. Après une offensive majeure de l’armée arabe syrienne le mois dernier, les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, se sont retirées de villes clés telles que Deir Hafer, Tabqa, Raqqa, Deir ez-Zor et Shaddadi. Les lignes de contact longent désormais les frontières de la province d’Hassaké.
Fin janvier 2026, le gouvernement de transition syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont conclu un accord global de cessez-le-feu et d’intégration visant à mettre fin aux hostilités et à établir une voie politique pour l’avenir. Aux termes de cet accord, un cessez-le-feu immédiat a été décrété sur l’ensemble du territoire, et les forces gouvernementales syriennes sont entrées dans les principales villes comme Hassaké et Qamichlo pour en prendre le contrôle administratif.

L’accord prévoit l’intégration progressive du personnel militaire et de sécurité des FDS au sein de l’armée syrienne et du ministère de l’Intérieur, tandis que les institutions civiles situées dans les anciens territoires contrôlés par les FDS seront intégrées aux structures de l’État syrien. Il inclut également le transfert d’infrastructures stratégiques – telles que les points de passage frontaliers et les gisements de pétrole et de gaz – à Damas, avec des garanties pour le maintien des fonctions publiques et la protection des droits civils et éducatifs des Kurdes.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et le président intérimaire syrien Ahmad al-Charia ont tenu une série de réunions à Damas, qui ont abouti à l’accord actuel. Les États-Unis et la France ont été fortement impliqués dans ce processus, et Erbil, capitale de la région du Kurdistan irakien, a joué un rôle central dans la médiation.
Problèmes de mise en œuvre et de sécurité
Dilar Temo, une responsable kurde des Asayish, forces de sécurité intérieure affiliées aux FDS, a confirmé au journal The Amargi qu’un accord avait été trouvé garantissant que les Asayish continueraient à protéger toutes les communautés des zones kurdes. Elle a rapporté qu’à l’arrivée d’une centaine de membres des Forces de sécurité générale de Damas à Hassaké, des cellules affiliées à l’EI ont tenté de perturber l’opération en lançant des attaques. Les forces de sécurité ont réagi rapidement et ont arrêté les personnes impliquées. Mme Temo a également noté que certains membres de la délégation syrienne avaient fait des gestes ressemblant aux symboles de l’EI, ce qui a entraîné des mesures disciplinaires immédiates.
Une seconde délégation d’une centaine de personnes et d’une quinzaine de véhicules est entrée à Qamishlo conformément à l’accord. Temo a souligné que la présence des Forces de sécurité générale est temporaire et liée au processus d’intégration, qui devrait durer entre un et deux mois.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Nour al-Din al-Baba, a confirmé que le ministère avait entamé la transition du commandement des forces de sécurité syriennes à Qamishlo, qualifiant le processus de positif. Il a souligné que la reconstruction de la Syrie exigeait la participation de tous les acteurs et que la province d’Hassaké avait davantage besoin de développement que d’escalade militaire.

Aéroport de Qamishlo et coordination régionale
Une délégation du gouvernement de transition syrien, accompagnée des forces de sécurité intérieure Asayish, s’est rendue dimanche à l’aéroport international de Qamishli pour des discussions à huis clos sur le fonctionnement de l’aéroport, en présence du dirigeant kurde Siyamend Afrin et du général de brigade Marwan al-Ali.
L’administration de la ville de Kobani a accusé le gouvernement de transition syrien à Damas de ne respecter aucun des engagements pris lors de la réunion d’Alep.
Le rôle de la délégation se limite au déploiement de personnel et de techniciens pour la remise en service de l’aéroport. La reprise des vols est prévue pour fin février. L’administration aéroportuaire sera partagée entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et le gouvernement de transition, conformément à l’accord FDS-Damas. Lors d’une conférence de presse à Al-Hasakah, Al-Ali a déclaré que la province connaissait une dynamique positive grâce à l’avancement de l’accord d’intégration, tout en soulignant que les difficultés actuelles sont d’ordre logistique et technique. Il a également indiqué que la situation à Kobané – la ville restant assiégée (…) – était traitée conjointement aux problématiques de Qamishlo et d’Al-Hasakah, dans le cadre d’une action concertée.
Cependant, l’administration de la ville de Kobané a accusé le gouvernement de transition syrien à Damas de ne respecter aucun des engagements pris lors de la réunion d’Alep. Dans un communiqué publié samedi, les autorités ont déclaré que ni la présence militaire dans la région n’avait été réduite, ni aucune mesure concrète prise pour améliorer la situation humanitaire.
Réactions publiques mitigées et perspectives politiques
À Qamishlo, l’opinion publique est partagée, allant d’un accueil prudent à des appels à de véritables garanties. Un habitant, Saif al-Din Bahri, a souligné l’importance d’une nouvelle constitution permanente et d’un dialogue sérieux pour garantir les droits. Un autre, Mohammed Osi, a qualifié l’accord d’historique et s’est félicité du retour des institutions étatiques. Yegnik Karbo, un habitant arménien, a salué les mesures de stabilisation, mais a insisté sur la nécessité de garanties juridiques pour prévenir toute violation.
Malgré les progrès accomplis, la menace que représente l’État islamique demeure importante. Le chaos sécuritaire et l’implication de certaines factions et groupes extrémistes soutenus par la Turquie ont contribué à accroître le risque de résurgence de l’État islamique.
L’analyste politique kurde Walid Joli, s’exprimant auprès du journal The Amargi, a décrit la phase actuelle comme un processus de « liaison » progressive plutôt que comme une intégration immédiate. Il a souligné que les forces gouvernementales seraient présentes de manière symbolique, leur rôle principal étant de superviser le processus d’intégration. Joli estime que cette phase transitoire constitue une étape vers des discussions plus larges sur la future constitution syrienne.

Le commandant des FDS, Sipan Hemo, a déclaré : « Cet accord ne doit pas être considéré comme une solution finale, mais plutôt comme un début : le lancement d’un processus politique visant à créer un cadre solide pour la reconnaissance et la protection de l’identité kurde. »
Malgré les progrès accomplis, la menace que représente l’État islamique demeure importante. Le chaos sécuritaire et l’implication de certaines factions et groupes extrémistes soutenus par la Turquie ont contribué à accroître le risque de résurgence de l’État islamique.
Engagement international
Le commandant des FDS, Mazloum Abdi, accompagné d’Ilham Ahmed, coprésident du département des relations extérieures d’AANES, et de Rohilat Afrin, commandant des YPJ, s’est rendu à Erbil et a rencontré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, afin de discuter de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, notamment de la lutte contre Daech et de l’intégration des forces militaires et de sécurité. La délégation a également rencontré Nechirvan Barzani, président du gouvernement régional du Kurdistan, et Masoud Barzani, président du Parti démocratique du Kurdistan, insistant sur l’importance du respect de l’accord et de la protection des droits des Kurdes.
Ces développements soulignent le rôle crucial de l’accord entre les FDS et Damas dans la mise en œuvre du processus de transition. Le succès des efforts d’intégration et de coordination sur le terrain déterminera si cette phase débouche sur une voie politique durable pour les régions kurdes du nord-est de la Syrie.
Par Abbas Abbas
Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « New Security Arrangements Tested in Rojava, Northeast Syria »