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Kurdistan : une colonie internationale mise à nu

Le Kurdistan n’est pas qu’un simple territoire : c’est un enjeu stratégique, morcelé et contrôlé par les puissances mondiales en raison de ses vastes ressources et de sa position centrale au Proche-Orient. Les événements récents au Rojava (nord-est de la Syrie) et les conséquences du référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan du Sud (Irak) le prouvent sans l’ombre d’un doute : les Kurdes sont privés de leur droit à l’autodétermination afin de protéger les intérêts étrangers liés au pétrole, à l’eau, aux routes commerciales et à la domination régionale.
 
Prenons l’exemple du Rojava. Depuis la chute d’Assad fin 2024, le nouveau régime syrien d’Ahmed al-Charia (soutenu par Hayat Tahrir al-Sham) a lancé une offensive brutale en janvier 2026 contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, reprenant le contrôle de 80 % des territoires du nord-est. Les FDS, jadis saluées pour leur victoire contre Daech, ont été contraintes à un cessez-le-feu et à leur intégration dans l’armée syrienne, anéantissant ainsi l’autonomie chèrement acquise du Rojava. Les forces américaines sont restées passives tandis que des émissaires de l’ère Trump, comme Tom Barrack, déclaraient que le rôle des FDS était « acquis », livrant des prisonniers de Daech à Damas et donnant le feu vert à l’assaut. Les défections de tribus arabes et l’influence turque ont scellé le sort du Rojava : quel était le but ultime du Rojava ? La priorité donnée par les puissances étrangères à la « stabilité » plutôt qu’aux droits des Kurdes, un procédé qui rappelle la stratégie coloniale de diviser pour mieux régner.
 
Retour en 2017 au Kurdistan du Sud. Le référendum sur l’indépendance a été approuvé à 92 %, un mandat clair pour la liberté. Mais Bagdad, avec le soutien de l’Iran, a riposté promptement : les forces irakiennes se sont emparées de Kirkouk et de ses champs pétroliers, territoires disputés que les Kurdes contrôlaient depuis 2014. Les vols internationaux ont été suspendus, les frontières fermées et l’Irak a réduit le budget alloué à la région de 17 % à 12 %. Les États-Unis, la Turquie et l’Iran se sont unis contre cette décision, contraignant les Kurdes à geler les résultats pour éviter une escalade. Pourquoi ? Le pétrole de Kirkouk est à lui seul une véritable mine d’or, et un Kurdistan indépendant menace les oléoducs, les frontières et l’équilibre des pouvoirs.
 
Ce n’est pas un hasard, c’est une stratégie délibérée. Le Kurdistan, qui s’étend sur plus de 500 000 km², comprend des gisements pétroliers, des terres fertiles et des axes de communication reliant l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Des puissances comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie l’exploitent comme zone tampon, et non comme nation. Les divisions internes, alimentées par des ingérences extérieures (comme les liens de la Turquie avec certaines factions kurdes), empêchent toute unité. Les Kurdes existent pour résister, mais jamais pour maîtriser leur propre destin.
 
La preuve est flagrante : l’autonomie est anéantie dès qu’elle menace l’ordre établi. La géographie du Kurdistan pourrait en faire une puissance mondiale : plaque tournante du commerce, du transit énergétique et un pont culturel. Au lieu de cela, il est colonisé au service des empires. Il est temps d’ouvrir les yeux : cette terre ne sera libre que lorsque les Kurdes en prendront le contrôle.

 

Par « Selim«  auteur et politologue kurde