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Solidarité Féministe Et Internationaliste Avec L’Autodéfense Du Rojava

PARIS – Communiqué de collectifs féministes, politiques et syndicales, contre la complicité de l’Union Européenne et des États-Unis dans l’attaque sans précédent du Rojava et pour le soutien à l’autodéfense et l’autodétermination des peuples. Semaine d’actions du 25 janvier au 1er février !

Depuis début janvier, le Rojava (Kurdistan autonome de Syrie) et son projet émancipateur font face à des attaques d’une ampleur sans précédent, menées par les forces armées du gouvernement de transition autoproclamé et des milices djihadistes, avec le soutien de laTurquie et l’approbation des puissances occidentales.

Nous dénonçons le cynisme des États-Unis et de l’Union européenne, pour qui la libération des femmes en Iran ou en Palestine aurait justifié hier une « intervention militaire », des sanctions économiques, voire une « guerre juste », et qui se rendent aujourd’hui complices directs de l’attaque contre la Révolution des femmes du Rojava.

En féministes, nous luttons ici-même contre un gouvernement qui nous attaque. Nous faisons alors écho à l’appel de Kobanê à défendre la révolution. Nous saluons le courage de la résistance populaire et appelons à participer partout en France aux rassemblements et aux journées d’action en défense du Rojava !

Révolution des femmes et autodétermination des peuples !

Em Bernadin Vê Dîlanê – nous n’abandonnerons pas cette danse !

Le Rojava est un territoire du nord de la Syrie, qui a déclaré son autonomie en juillet 2012. S’inspirant du mouvement de libération du Kurdistan, il y a été construit un modèle politique sans équivalent. Cette expérience a gagné une visibilité mondiale lorsque les combattantes des YPJ (Unités de défense des femmes) ont joué un rôle décisif dans la défaite de l’État islamique, bousculant les représentations occidentales et ouvrant un imaginaire révolutionnaire qui menace directement les puissances impérialistes de la région.

Ce qui se joue au Rojava, c’est la révolution des femmes


Ce petit territoire abrite une des plus grandes tentatives de transformation sociale et d’émancipation collective des femmes. Celles-ci sont à l’avant garde du projet démocratique mis en place depuis 2011 et participent activement à celui-ci. Elles mènent de plus une révolution sociale des femmes, avec des transformations profondes proclamation des Lois des femmes qui leur assurent l’égalité et condamnent les VSS ; maisons et assemblées de justice des femmes ; forces armées d’autodéfense ; organisations autonomes féminines à tous les niveaux de la société, système de co-présidence garantissant leur présence dans l’ensemble des postes de responsabilité. Ces avancées ont radicalement modifié la vie des femmes et constituent une source d’inspiration majeure pour toutes celles et ceux qui luttent contre le patriarcat. C’est aux combattantes kurdes que l’on doit le slogan Jin, Jiyan, Azadî (Femme, Vie, Liberté) qui a donné corps aux luttes et révoltes par-delà les montagnes – au Bakûr au Rojava et au Başûr, jusqu’en Amérique latine puis en trouvant écho en Europe, ainsi qu’au Rojhilat et dans tout l’Iran en 2022 contre l’apartheid de genre et de race. Cet élan permet d’ouvrir des possibles pour les droits des LGBTI+. À ce titre, les personnes queers ont été sur le devant de l’insurrection en Iran, comptant de même de nombreux·ses prisonnièr.es. Partout au Kurdistan, la mémoire des soulèvements habite les corps en mouvement. La révolte libère le temps et l’espace, là où la guerre tente de contrôler nos temporalités.

Ce qui se joue au Rojava, c’est aussi, de nouveau, le droit des peuples à la résistance populaire et à l’autodétermination face à la colonisation, à l’impérialisme et aux régimes autoritaires. L’Administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie (AADNES), structure de gouvernance du Rojava, rassemble Kurdes, Arabes, Arménien·nes, Syriaques-assyrien·nes au sein des communes, conseils et multiples espaces d’auto-organisation qui permettent la co-existence des différents peuples et confessions religieuses au Rojava. C’est précisément cette dynamique de co-gouvernance et son projet d’égalité politique, d’égalité des sexes et d’indépendance économique que le régime de Damas souhaite soumettre.

Stop aux massacres, à la mainmise impérialiste et à la complicité européenne !

Intifada, serhildan : soulèvements !

Aujourd’hui, le gouvernement de transition syrien (GTS, provenant du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham HTC) et ses alliés avancent pour détruire ce projet. Après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, les États-Unis et leur allié turc ont propulsé en janvier 2025 Ahmad al-Charaa — ancien chef d’Al-Qaïda et maintenant d’HTC — à la tête de la Syrie. Avec sa nouvelle armée, il est responsable de massacres contre les minorités syriennes, d’abord Alaouites et Druzes, et désormais contre les Kurdes à Alep puis au Rojava. La guerre aux peuples qui ne se plient pas à la centralité du pouvoir est déclarée. Cette offensive s’inscrit dans des efforts continus de Damas de consolider son emprise sur le reste du pays en répondant aux intérêts de la bourgeoisie régionale, ainsi qu’aux convoitises des puissances impérialistes pour les marchés, les voies d’approvisionnement en énergie et les ressources du territoire, notamment concentrées au Rojava.

La continuité impérialiste et sioniste annonce écraser toute resistance érigée aux projets
impérialistes et coloniaux dans la région
, qui n’hésitent pas à se rendre coupables de génocides ou de massacres de masse, de Gaza à Kobanê en passant par Téhéran. En Syrie, cette recomposition violente vise à reprendre le contrôle d’un pays auparavant allié de la Russie et de l’Iran, en remplaçant un tyran par un autre et en écrasant un projet réellement. Ainsi début janvier, c’est à Paris que Jolani et divers représentants de Turquie et d’Israël se rencontrent sous la médiation des USA : le feu vert a été donné pour l’offensive contre les territoires autonomes du Rojava. Des prisons où des combattants de l’État islamique étaient détenus ont été ouvertes sous les yeux des forces états-uniennes et françaises.

Les impérialistes s’allient sans scrupules avec les islamistes ou djihadistes au détriment d’un projet émancipateur si celui-ci empiète sur leurs intérêts. Ce sont ainsi 620 millions d’euros qui ont été promis début janvier au gouvernement central de Damas par l’Union européenne, ravie à la perspective de pouvoir sécuriser davantage les frontières de l’Europe. Personne n’a oublié que la multinationale francaise du ciment Lafarge s’est rendu complice de Daech et que l’État a fermé les yeux. Au Rojava, tortures, enlèvements, exécutions sommaires ont été rapportées. Le canton de Kobanê, ville martyre et symbole mondial de la résistance contre Daesh est maintenant assiégé. Leur objectif est clair : un nettoyage ethnique de la population kurde et l’effacement total de son projet politique.

Les femmes et minorités de genre paient le prix fort pendant les guerres, qu’elles soient intérieures ou extérieures. En Syrie, des images confirment la volonté d’anéantir notamment les conquis des femmes : l’une des premières destructions visibles a été celle de la statue d’une combattante des YPJ à Tabqa, puis celles d’académies féminines, de centres de Jineolojî, d’assemblées locales. Les archives culturelles et politiques sont directement menacées. En tant de guerre, la survie quotidienne devient un combat. Au travers du viol ou de la profanation des corps, qui sont des armes de guerre systématiquement utilisées pour terroriser. Mais aussi au travers des sièges, des blocus, de la destruction des terres et des ressources, ou de l’orchestration de famines comme à Gaza. De même, c’est par l’effondrement des infrastructures essentielles à l’existence même d’une communauté que les violences et dominations s’exercent le plus fortement. Mais la réponse s’organise toujours, comme au Soudan, où les résistantes des Comités de Quartier insurgés, traitent aujourd’hui l’urgence physique face à une guerre contre- révolutionnaire.

Autodéfense populaire et solidarité féministe internationaliste !

Femme, vie, liberté contre la guerre !

Lorsque Damas a exigé la reddition totale du Rojava, le peuple s’est à nouveau soulevé pour défendre ses conquis au cours de plus d’une décennie d’expérimentations politique.
Un appel à la mobilisation générale a été lancé : personnes âgées et jeunes femmes sont vent debout, illustrant des formes de résistance d’un peuple organisé, et s’opposant aux structures des milices patriarcales, au prix de mort·es. Des centaines de personnes ont rejoint le Rojava, traversant les sommets, défiant les murs de béton des frontières imposées et les balles des gardiens. Par la coordination d’une pluralité des tactiques et l’auto organisation, chacun.e peut trouver sa place.Tenter le renversement complet du système de domination qui engendre, lui, la guerre, comprend l’autodéfense comme nécessité ultime.

Si ici, nous luttons déjà contre la montée du fascisme et les attaques anti-féministes du gouvernement, la marche à la guerre, l’austérité et la militarisation de la jeunesse – la solidarité internationaliste ne peut que nous renforcer. En tant que révolutionnaires, féministes, militantes du mouvement LGBTI+, nous continuerons à créer des ponts – car nous avons appris à lutter debout.

Défendre le Rojava, c’est défendre la preuve concrète qu’un autre monde est possible, c’est défendre notre avenir ainsi que la libération des femmes et des minorités de genre dans le monde entier !

Agissons ici et maintenant, de là où nous sommes : en rejoignant les mobilisations de soutien au Rojava et les initiatives de solidarité concrète, en exigeant la levée du siège sur Kobanê et Hesekê et contre l’impérialisme de notre propre pays, qui est à portée de nos coups, et dont la brutalité n’est plus à démontrer.

Guerre à la guerre ! Jin, Jiyan, Azadî !

 Rejoignons la journée d’action des femmes le 31 janvier et les journées d’action générales
du 25 janvier au 1er février 2026, à l’appel de Women Defend Rojava et RiseUp4Rojava