SYRIE / ROJAVA – Membre du conseil présidentiel du Parti de l’Union démocratique (PYD), Salih Muslim a déclaré que les négociations avec Damas étaient dans l’impasse, en raison de profonds désaccords sur la défense légitime, le système éducatif et les droits des femmes.
Dans un entretien accordé à « BBC Türkçe », il a affirmé que les discussions butaient notamment sur la place des femmes dans la société et les institutions.
« Lors des négociations, ils disent clairement : ‘Il n’y aura pas de place pour la question des femmes, il n’y aura pas d’unités féminines’. Tout cela constitue pour nous des lignes rouges », a-t-il déclaré, rappelant que le modèle politique du Nord et de l’Est de la Syrie repose sur le principe de la coprésidence et la participation active des femmes.
Ils ont relâché les djihadistes
Salih Muslim a qualifié les développements récents de « complot contre les Kurdes », accusant l’administration de Damas d’avoir libéré des membres présumés de l’organisation État islamique (Daech) détenus dans des prisons reprises par ses forces.
« Tout s’est déroulé sous les yeux de tous. Ils les ont arrêtés puis relâchés. C’est désormais un danger majeur pour le monde entier. La Syrie est en train de se transformer en un Afghanistan du Moyen-Orient », a-t-il averti.
Attaques soudaines et perfides
Critiquant le lancement d’opérations militaires malgré un accord existant entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et Damas, Muslim a dénoncé des attaques « soudaines » et « perfides ».
Il a indiqué que les FDS avaient retiré certaines de leurs forces de Raqqa et de Deir ez-Zor après avoir compris que « ce n’était pas un affrontement limité, mais un plan visant à détruire le Rojava et à mettre fin à l’autonomie ».
Selon lui, ce processus aurait été enclenché après l’accord de Paris, suivi rapidement par les attaques contre les quartiers d’Achrafiyeh et de Cheikh Maqsoud.
Autodéfense, éducation et droits des femmes
Il a également exprimé de vives inquiétudes concernant la sécurité des minorités, rappelant les massacres visant les Alaouites et les Druzes, qu’il attribue à l’absence de forces locales de protection.
Sur la question de l’éducation, Salih Muslim a affirmé que Damas veut imposer un système éducatif à caractère islamiste, intégrant notamment la pensée d’Ibn Taymiyyah. « Nous disposons d’un système éducatif complet, de l’école à l’université », a-t-il souligné.Ibn Taymiyyah, religieux musulman ayant vécu aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, est considéré comme l’une des figures fondatrices du salafisme.
Nous résisterons
Malgré ces divergences profondes, Muslim a affirmé rester favorable à une solution politique.
« Nous voulons la paix. Qu’il y ait un cessez-le-feu, que nous discutions, avec éventuellement des médiateurs. Mais si aucun accord n’est possible, nous résisterons », a-t-il conclu, avant d’ajouter : « Soit nous parvenons à un accord digne, soit nous résisterons aussi longtemps que cette guerre durera. »
Maxime Azadî