BRUXELLES – Des activistes de la cause kurde alertent les médias, l’opinion publique et les responsables politiques sur la guerre anti-kurde menée par les gangs djihadistes d’al-Sharaa (encouragé par la Turquie) dans le nord et l’est de la Syrie (Rojava).
Voici le communiqué de Serhildan Bruxelles :
« Rojava : face à l’exigence de capitulation et à la résurgence de Daesh, le silence international est une faute grave
Le groupe belge Serhildan alerte solennellement l’opinion publique, les médias et les responsables politiques sur la situation d’une extrême gravité que traverse l’autonomie du Rojava (au nord-est de la Syrie). Ceci n’est pas une guerre entre peuples ni entre religions. Il s’agit d’une attaque violente contre une conception de la société plus égalitaire et respectueuse de la diversité avec, en toile de fond, des enjeux géopolitique et des intérêts économiques.
Depuis l’installation à Damas d’un pouvoir dirigé par Ahmed Al Sharaa [Jolani], ancien cadre d’Al-Qaïda et chef de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), la Syrie s’enfonce dans une spirale de violences, de massacres et d’exclusion visant successivement les populations alaouites, druzes puis kurdes. Ce pouvoir, dépourvu de toute légitimité démocratique, cherche à imposer par la force un ordre idéologique jihadiste. Croire que remplacer le régime criminel de Bachar-el-Assad par celui-ci est une victoire populaire et démocratique est un leurre.
Le gouvernement du Rojava s’est assis à la table des négociations depuis des mois, a fait des propositions concrètes pour une Syrie plus fédérale, a accepté de céder certains territoires pour éviter un embrasement généralisé, a du céder le contrôle de prisons et camps abritant des dizaines de milliers de personnes affiliées à Daesh mais rien n’y fait. Ces derniers jours, des attaques menées par des forces liées à Damas et des milices jihadistes ont conduit à la libération de milliers de prisonniers de Daesh.
Cette situation représente une menace directe pour la sécurité de la région, de la Belgique et de l’Europe. Daesh n’a pas disparu ; il est en train de se reconstituer sous les yeux d’une communauté internationale silencieuse voire complaisante. Il est clair qu’Israël et les États-Unis ont donné le feu vert à HTS et aux mercenaires à la solde de la Turquie pour lancer leurs attaques. L’enjeu est la création d’une Syrie sous le contrôle d’une seule puissance ce qui leur donnerait la possibilité de développer leur projets de routes commerciales.
L’Union Européenne et la Belgique jouent un rôle actif dans l’offensive en cours contre le Rojava en donnant une légitimité diplomatique au régime djihadiste du HTS. Le 9 Janvier, Ursula von der Leyen était à Damas et annonçait 600 millions d’euro pour la reconstruction de la Syrie, au même moment où un nettoyage ethnique avaient lieu à Alep. L’État turc (membre de l’OTAN), de son côté, profite de l’occasion pour tenter d’étendre son influence en Syrie et de s’assurer que les kurdes (mais aussi les arabes, yézidis, turkmènes, circassiens, arméniens et autres peuples de la région) perdent tous leurs acquis politiques sur ce territoire.
La rencontre récente entre Mazlum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes, et Ahmed Al Shara a révélé la nature des exigences de Damas : une capitulation totale, la négation de toute autonomie politique et la soumission du peuple kurde à un pouvoir jihadiste. Face à cette impasse, et contrairement à certaines rumeurs toute forme de reddition a été rejetée et une mobilisation générale a été décretée.
Pour toutes ces raisons, nous dénonçons avec force le silence et l’inaction de l’Occident, pourtant engagée hier aux côtés des Kurdes dans la lutte contre Daesh. Sacrifier aujourd’hui l’expérience démocratique, féministe et écologique du Rojava, c’est préparer les crises sécuritaires de demain.
Serhildan Belgique appelle donc :
• à la reconnaissance des droits politiques, démocratiques et collectifs des peuples de Syrie ;
• les médias à relayer l’urgence et la gravité de la situation ;
• le gouvernement à prendre conscience des conséquences directes de cette politique d’abandon ;
• les partis politiques et les organisations de la société civile à se mobiliser sans délai. »