Un Kurde réfugié en Suisse dénonce la perpétuation de la langue coloniale turque dans certains milieux kurdes de la diaspora à la place de leur langue maternelle qui a été victime de linguicide en Turquie. Il les exhorte à « se libérer de leurs chaînes invisibles : celles de la langue imposée ».
Nous partageons avec vous son texte:
Le Paradoxe des Activistes de Salon : Quand le Turc Règne au Cœur du Discours Kurde
On entend souvent certains se présenter comme activistes kurdes, défenseurs de la cause, porte-voix de la souffrance d’un peuple opprimé. Ils vivent en Europe, bénéficient de toutes les libertés possibles, apprennent des langues étrangères comme le français ou l’allemand, voyagent, publient, donnent des conférences. Et pourtant, entre eux, ils continuent à se parler en turc, la langue de l’État qui a nié et nie l’existence même des Kurdes.
Pire encore : ils s’étonnent, parfois même se moquent, quand un Kurde ne parle pas turc. Leur réflexe !? Se lamenter, jouer la carte de la persécution passée, se cacher derrière un vieux traumatisme collectif pour justifier leur propre paresse linguistique et leur confort mental. Mais cette posture n’est rien d’autre qu’un déguisement. Une excuse. Un refuge commode pour ne pas affronter leur propre rôle dans la perpétuation de la domination culturelle.
Car il faut oser le dire : continuer à militer en turc, publier en turc, organiser des événements en turc, c’est contribuer activement à l’effacement de la langue kurde. C’est normaliser l’idée que la langue de l’oppresseur est plus fonctionnelle, plus « pratique », plus « sérieuse ». C’est choisir, consciemment ou non, la soumission linguistique déguisée en stratégie militante.
Ceux qui, en exil, ont tous les outils pour se réapproprier leur langue mais choisissent de la reléguer au second plan, ne font pas avancer la cause kurde. Ils l’entravent. Ils parlent d’indépendance mais continuent de penser, écrire et débattre avec les mots de l’envahisseur. Un Kurdistan libre dans une langue coloniale ? Voilà le plus grand des paradoxes.
La libération passe d’abord par la langue, la pensée, le regard que l’on porte sur soi-même. Il est temps d’en finir avec les larmes faciles et les justifications bancales. Être kurde, ce n’est pas seulement pleurer le passé, c’est aussi refuser de reproduire le système qui nous a écrasés. Et cela commence par se libérer de ses chaînes invisibles : celles de la langue imposée.
Texte signé par la Plume de la montagne
*La publication des textes de la Plume de la montagne ne signifie pas nécessairement que le site Kurdistan au féminin partage systématiquement l’avis exprimé