AccueilMoyen-OrientIranKhodanur Lajai, l'histoire d'un "Homo Sacer" baloutche au pays des mollahs sanguinaires

Khodanur Lajai, l’histoire d’un « Homo Sacer » baloutche au pays des mollahs sanguinaires

Le 2 octobre 2022, un jeune Baloutche nommé Khodanur Lajai fut blessé grièvement lors des manifestations anti-régime à Zahedan, capitale du Sistan-Baloutchistan. Il est mort plus tard car l’hôpital du régime iranien lui a refusé des soins. Quelques temps avant, il avait été arrêté et torturé et attaché à un mat du drapeau iranien pendant toute une nuit par la police iranienne pour un dispute avec un fils d’un membre des paramilitaires Basiji. Son histoire mérite d’être racontée.

Khodanur Lajai, un combattant à la croisée des discriminations et des inégalités de classe

L’agonie de Khodanur Lajai ataché à un mat par des membres de BASIJ

Qu’est-il arrivé à Khodanur ? Quelle est l’histoire de cette photo ? Comment a-t-il été tué ?

« Il y a des non-citoyens qui n’ont ni papiers d’identité ni biens, mais qui sont prêts à travailler pour construire un monde meilleur. »

Khodanur Lajaei, un beau jeune baloutche de Shirabad, Zahedan, était l’une de ces personnes qui a été tuée dans un conflit armé avec des agents militaires un jour après le vendredi sanglant [30 septembre 2022] à Zahedan. Khodanour et sa famille n’avaient pas d’acte de naissance ni de papiers d’identité. Une photo de lui a été publiée sur Internet, le montrant les mains menottées à un mât. La publication de ses photos a inspiré la production d’œuvres artistiques, et son image est gravée dans la mémoire collective des forces révolutionnaires.

Khoudanoor était Baloutche. Il vivait dans le quartier de Shirabad à Zahedan, il vivait à la périphérie, il n’avait pas de papiers d’identité, il était de religion sunnite, il n’avait pas de formation universitaire. Cela faisait de lui un non-citoyen. Semblable à ce que le philosophe italien Giorgio Agamben appelle un « Homo sacer » [en droit romain, une personne qu’on peut tuer sans commettre d’homicide]. Auparavant, la police avait arrêté Khodanour, lui avait attaché la main au mât du drapeau, ils avaient pris sa photo et l’avaient donnée à sa famille.

Salahuddin Ahmed, l’auteur du livre « L’espoir révolutionnaire après le néant » souligne que dans un monde sans espoir, les gens recherchent le bonheur dans des divertissements sans fin et continus. Bien que ce mode de vie recherche le bonheur, il conduit à la dépression. Il ajoute : « L’homme est un être social et ne peut atteindre le bonheur individuellement. Une personne socialement aliénée ne peut pas être satisfaite de la version heureuse du système social existant. »

Il poursuit en disant que la seule issue est de s’inspirer de ceux qui espèrent résister. Ceux qui n’ont peut-être pas de certificat de naissance, de passeport, de maison ou de voiture de luxe, mais qui ont le rire et l’amitié et qui ont fait de la construction d’un autre monde leur routine quotidienne.

Khodanour avait une tribune et un public au comble de la privation. Il était un « influenceur » et avait un large public sur Instagram. Il s’amusait avec ses amis dans des environnements complètement masculins, dansant et chantant et partageant des photos de sa vie quotidienne.

Qu’est-il arrivé à Khodanur?

(L’un des proches de Khodanur raconte) – Cette photo publiée le montrant menotté est ancienne. Khodanur s’est disputé avec le fils d’un Basiji. Cette famille a pu obtenir un mandat d’arrêt pour l’arrêter en raison de leur lien avec le régime. Ils le harcèlent par des policiers puis publient eux-mêmes sa photo menottée pour l’humilier.

– Pourquoi ont-ils arrêté Khudanoor ?

– Khodanur a eu une petite bagarre avec le fils d’un commandant Basij. Une personne qui est un grand informateur, c’est-à-dire quelqu’un qui a vendu sa nation et sa religion au régime, se plaignait de Khudanoor, quand il a été attrapé, il a [payé] les agents d’environ 30 millions de tomans pour le battre, prendre sa photo, puis nous avons donné près de 100 millions aux agents qui ont arrêté de le battre et l’ont envoyé devant le juge pour qu’il aille en prison. Au bout d’un mois, nous l’avons finalement libéré. (…)

– Ont-ils pris une photo de lui la première nuit de son arrestation ?

−Oui, mon Dieu, ils ont éteint la lumière de deux heures du soir à sept heures du matin et l’ont battu attaché au mât. Khodanour avait demandé de l’eau et l’officier avait apporté un verre d’eau et l’avait placé à distance afin qu’il puisse voir l’eau mais ne pouvait pas la prendre.

 

Photo prise par les policiers iraniens au moment de l’arrestation de Khodanur Lajai qui sera ensuite frappé et attaché à un mat pendant toute une nuit

– Comment avez-vous libéré Khudanoor ?

– Les agents nous ont demandé 100 millions. Nous sommes tous des travailleurs et nous avons pu obtenir cent millions avec difficulté.

– Que savez-vous de la famille Khodanour ?

– Khudanoor avait une vieille mère et cette mère ne connaissait personne d’autre que lui. Bien sûr, il y a aussi son frère, il est ouvrier et souffre d’asthme. Khodanour était très bon enfant et les habitants de la ville l’aimaient beaucoup.

– Comment Khodanour a-t-il été tué ?

Un jour après le vendredi sanglant [30 septembre 2022] où les fidèles ont été tués, Khodanour a eu une bagarre avec les agents. Khodanur avait été abattu d’une balle. Les gens l’ont emmené à l’hôpital de la sécurité sociale. La balle l’a touché près de la moelle épinière, il était vivant à l’hôpital, tout ce qu’on craignait c’était qu’il soit paralysé, car ses jambes étaient engourdies. Les médecins ont dit qu’il n’était pas nécessaire de l’opérer (…). L’hôpital de la sécurité sociale de Zahedan relève de la branche de l’IRGC. (…) [Le jeune homme a été abandonné à la mort par les responsables de l’hôpital.]

Khodanur Lajai avait connu diverses oppressions au cours de sa courte vie. De l’oppression ethnique due au fait d’être baloutche, sunnite, marginalisé, de ne pas avoir d’acte de naissance, de ne pas avoir de capital matériel. Ces choses ont rendu sa vie difficile et courte. La seule lueur d’espoir est que le Khodanour marginalisé est entré dans l’imaginaire épris de liberté d’une partie de la société et son nom est mentionné à côté des noms de Jina Mahsa Amini, une Kurde, Nika Shakermi [de l’ethnie Lore ?], Sarina Esmailzadeh, Mehrshad Shahidi et Hadis Najafi [quelques-uns des jeunes tués par les sbires des mollahs iraniens depuis septembre 2022.]

Version originale en persan à lire sur me site Radio Zamaneh: خدانور لجعی، مبارزی ایستاده در نقطه تقاطع تبعیض و نابرابری طبقاتی

 

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