Nouveau prix pour l’actrice franco-kurde, Roda Canioglu

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PARIS – L’actrice franco-kurde, Roda Canioglu vient de recevoir le LABEL d’Interprétation féminine 2021 décerné par La Maison du Film (anciennement Maison du Film Court). Nous avons profité de l’occasion pour rencontrer cette jeune comédienne qui dit vouloir suivre les pas de Yilmaz Guney et discuter de son parcours de comédienne, ses projets et ses combats à travers le cinéma.
 
En tant que fille d’un réfugié kurde arraché à son pays, il est tout à fait naturel de voir Roda Canioglu jouer des rôles de combattantes kurdes, d’abords dans Sœurs d’armes (Sisters in arms / 2018), de Caroline Fourest, et ensuite dans No Man’s Land*, mini série d’Arte sortie en 2020. En effet, pour Roda, le cinéma est un moyen très important pour parler du peuple kurde, de sa lutte pour la liberté et de sa culture alors qu’il fait face à une guerre d’extermination sur ses propres terres nommées Kurdistan. En plus du métier de comédienne, Roda dit vouloir passer également derrière la caméra pour réaliser ses propres films. D’ailleurs, elle est en train de finaliser l’écriture d’un scénario qu’elle aimerait tourner par la suite. Mais en attendant, Roda ne chôme pas. Malgré la pandémie du Covid19 qui a empêché les tournages de films ou la mise en scène des pièces de théâtre, Roda continue de jouer face à la caméra.

Canioglu a débuté sa carrière de comédienne sur les planches

Aujourd’hui, Roda Canioglu est une comédienne connue surtout en tant qu’actrice de cinéma mais elle a d’abord joué au théâtre, avec notamment le metteur en scène Bahadir Canioglu qui n’est autre que son petit frère. Roda a même reçu le Prix d’interprétation féminine au festival international de Tanger pour le rôle de la vieille dans « Les Chaises » d’Eugene Ionesco. Belle récompense pour une jeune comédienne dans un tel rôle!   

La jeune trentenaire, Roda Canioglu a déjà reçu plusieurs prix tant au théâtre qu’au cinéma où elle joue tantôt comme actrice principale, tantôt dans des seconds rôles.

Des débuts au cinéma avec Quentin Elles

Roda Canioglu a débuté sa carrière cinématographique avec le soutien actif du réalisateur Quentin Elles qu’elle remercie ainsi: « La place de Quentin Elles est très importante pour moi. C’est avec lui que j’ai commencé mon aventure à Paris, dans le cinéma, etc. On a grandi ensemble depuis la faculté. On a développée notre univers, notre vision du cinéma. Mes premiers Court-Métrages, c’est avec lui. Quand personne me faisait encore confiance, Quentin était là, à me croire, à écrire des rôles pour moi. On a fait plusieurs Court-Métrages, dont Ailleurs si je suis et Dehors la Nuit qui avait été soutenu par la conseil régional de Moselle. »
 

Un des titres de la filmographie de Roda Canioglu est: Blue Silence de Bulent Ozturk.  Roda Canioglu (rôle principal) y joue le rôle d’une infirmière qui incite un ancien soldat hospitalisé pour un stress post-traumatique à affronter son passé de militaire.

Damien veut changer le monde de Xavier De Choudens et bien sûr, Sœurs d’armes de Caroline Fourest ainsi que No Man’s Land sont quelques-uns des films pour lesquels Roda est passée devant la caméra.
 
Jouer et défendre d’autres femmes, en plus des kurdes
 
Quand aux personnages de femmes kurdes qu’elle a interprétés, Roda Canioglu dit ne pas vouloir jouer uniquement des personnages kurdes et poursuit « Je ne veux pas être cloisonner dans des rôles de personnages combattantes kurdes comme le destin du peuple kurde. J’espère pouvoir jouer bientôt un autre personnages que des combattantes kurdes en uniforme. J’aimerais interpréter, défendre des femmes de toutes les couleurs, et pas que kurdes. J’aimerais prendre une place dans le cinéma français et mondial en tant que comédienne d’origine kurde. L’influence des femmes kurdes dans le monde du cinéma prend de plus de plus de place, mais c’est dommage qu’on n’en parle pas assez au même titre que le #metoo. »
 
Retour de la commandante Adar dans No Man’s Land ?

Dans la première saison de la série No Man’s Land, Roda Canioglu jouait le rôle de la commandante Adar qui dirigeait une unité de combattantes femmes (YPJ). Alors que l’écriture de la deuxième saison est en cours, on espère qu’on aura la chance de revoir Roda dans le rôle de la commandante Adar. Alors, c’est le suspense total pour tout le monde!
 
Roda Canioglu jouant la commandante Adar dans No Man’s Land
 
Les combattantes kurdes et les clichés autour de la féminité
 
Inévitablement, on a évoqué avec Roda les clichés concernant les femmes combattantes kurdes qu’en Occident, on qualifie souvent d’être « comme des hommes » ou de se battre « comme des hommes ». Roda ne cache pas son agacement et dit que malgré la dureté de la guerre et les conditions rudes dans lesquelles vivent ses combattantes kurdes, on y voit de la douceur et de l’humanisme. Pour Roda, rien qu’avoir une longue chevelure soignée, embellie par des foulards fleuris est la preuve de la féminité car, mine de rien, entretenir sa chevelure demande du temps. Elle dit que, si elle avait été une combattante, elle aurait gardait ses cheveux longs et rajoute « Si j’avais été une combattante, j’aurais garder très long mes cheveux pour ne pas perdre ma féminité. C’est moi qui avais demandé au réalisateur pendant le tournage d’avoir les cheveux très très longs. J’avais demandé à avoir des extensions aux cheveux. Je voulais que ce soit aussi comme une arme si jamais elle [commandante Adar] perd tout, au dernier moment pour qu’elle puisse étrangler l’ennemie avec ses long cheveux. Donc symboliquement c’est très important. »
 

La fiction rattrapée par la réalité

  
Lors du tournage de No Man’s Land, la réalité rattrapait la fiction avec l’offensive militaire de la Turquie fin 2019 contre la région de Serê Kanîyê, dans le nord du Rojava syrien… Roda Canioglu déclare avoir été bouleversée par cette deuxième invasion turque contre le Rojava alors qu’elle était en train de jouer dans une fiction où des femmes et hommes kurdes se battaient contre des terroristes de l’État islamique. Elle dit s’être demandée à ce moment-là si elle devait continuer à jouer une combattante kurde pour de la fiction ou si elle devait aller au Rojava prendre réellement les armes contre l’invasion turque… Finalement, Roda dit qu’elle a choisi de se battre à travers l’art, dont le cinéma, comme l’illustre cinéaste kurde Yilmaz Guney avant elle et c’est une très bonne nouvelle pour le cinéma kurde où les femmes sont les grandes absentes.)

 
No Man’s Land* a pour sujet le combat mené par les Unités de protection des femmes (YPJ) contre les djihadistes de DAECH / ISIS en 2014, en Syrie, et les Occidentaux engagés au sein de DAECH mais aussi chez les forces kurdes (YPG / YPJ) ainsi que l’espionnage.

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