C’est la Turquie – et non pas les Kurdes – qui participe aux conférences de la coalition anti-EI

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La journaliste Meghan Bodette dénonce la participation de la Turquie – et non pas des Kurdes syriens qui ont défait DAECH – aux réunions de la coalition contre l’État islamique alors que la Turquie est accusée depuis des années d’avoir soutenu le groupe État Islamique (EI/ DAECH / ISIS).

Le 28 juin, les ministres des affaires étrangères des 83 États membres de la Coalition internationale anti-EI se sont réunis à Rome, en Italie, pour discuter des progrès réalisés dans la lutte contre le groupe terroriste.
 
Parmi les participants figurait le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Pourtant, des événements récents ont une fois de plus remis en question la place de la Turquie dans un tel rassemblement, ou même sa place tout court.
 
Au début de cette année, une procédure pénale a été ouverte contre plus de 100 politiciens et activistes principalement kurdes en Turquie, au motif que ces personnes avaient soutenu des manifestations appelant le gouvernement d’Erdogan à prendre des mesures contre DAECH à Kobané en 2014. À l’époque, les responsables de la Coalition avaient eux-mêmes adressé des demandes similaires à Erdogan. L’intransigeance de la Turquie a finalement contraint les États-Unis à soutenir les YPG comme la meilleure option pour vaincre le groupe djihadiste en Syrie, mettant en place les différences entre les États-Unis et la Turquie qui sont devenues un défi pour les décideurs politiques aujourd’hui.
 
En plus de poursuivre les citoyens turcs qui se sont opposés à DAECH sur le plan politique, la Turquie cible également les ressortissants syriens qui ont combattu ISIS sur le terrain. Des combattants kurdes, assyriens et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont été transférés de Syrie en Turquie et emprisonnés pour des motifs anti-étatiques en vertu du droit turc, en violation des Conventions de Genève. Certains auraient été torturés, et tous ont été soumis à des procès politisés et inéquitables.
 
Un rapport récent de Syrians for Truth and Justice, organisme de surveillance des droits de l’homme, fait état de la présence de 27 anciens membres connus de DAECH dans les rangs de l’armée nationale syrienne soutenue par la Turquie, notamment la police militaire, Ahrar al Sharqiyah et la division Hamza. Ces groupes ont tous été jugés responsables de violations des droits humains à l’encontre des femmes, des Kurdes, des Yézidis et d’autres groupes également visés par DAECH.
 
Des exemples plus anciens de soutien turc à des groupes djihadistes syriens ont également refait surface à l’ordre du jour, grâce aux révélations du chef de la mafia turque en exil, Sedat Peker. Dans une récente déclaration vidéo, Peker a évoqué les transferts d’armes turques à al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaida. Il a affirmé que les armes qu’il espérait envoyer aux rebelles turkmènes syriens ont en fait été détournées vers al-Nosra par SADAT, une entreprise de défense turque étroitement liée au président Recep Tayyip Erdogan et à son Parti de la justice et du développement (AKP).
 
Aucune de ces questions ne s’est avérée pertinente pour la réunion de la Coalition, bien que son communiqué final ait souligné la nécessité pour les États membres de « continuer à être vigilants face à la menace du terrorisme, sous toutes ses formes et manifestations, de s’appuyer sur les succès obtenus et de continuer à agir ensemble contre toute menace à ce résultat et d’éviter les vides sécuritaires que DAECH/ISIS pourrait exploiter ».
 
La persécution par la Turquie des forces anti-EI et l’hébergement d’anciens membres d’ISIS dans les rangs de ses alliés syriens montrent qu’elle n’est pas vraiment engagée en faveur d’un tel résultat. Pourtant, elle conserve une position privilégiée dans l’organe mondial de lutte contre DAECH – une position qui est refusée aux forces terrestres qui ont mené la majorité des combats contre le groupe en Syrie.

Bien que le général Mazloum Abdi des FDS ait partagé un message sur son compte Twitter concernant le rapatriement des combattants étrangers et de leurs familles, ni lui ni aucun représentant des FDS ou de l’Administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est (AANES) n’a été invité au rassemblement.
 
Cela est probablement justifié par leur manque de statut reconnu en tant qu’État, région fédérale ou autre entité officielle. Les responsables de la coalition rencontrent également leurs homologues du nord et de l’est de la Syrie sur le terrain dans la région, et les États-Unis ont déclaré à plusieurs reprises leur intention de poursuivre la coopération avec les FDS dans un avenir prévisible.
 
Pourtant, exclure des discussions internationales de haut niveau les forces politiques et militaires qui ont eu le plus d’impact sur la guerre contre DAECH et ses conséquences, alors que les États qui ont activement entravé cette lutte sont présents, témoigne d’un certain agenda politique – qui occulte les causes profondes de l’EI et nuit aux efforts visant à le vaincre réellement.
 

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