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TURQUIE. La politicienne kurde, Leyla Güven transférée dans une prison de haute sécurité

TURQUIE / BAKUR – La politicienne kurde Leyla Güven a été transférée dans une prison d’Elazığ en pleine pandémie du coronavirus. Pendant des heures, ses avocats ne savaient pas où elle se trouvait après son emprisonnement à Amed (Diyarbakir) d’où elle a été transférée secrètement à Elazig.

La politicienne kurde Leyla Güven a été transférée dans une prison de haute sécurité dans la province de Elazığ mardi. Auparavant, on ne savait pas où se trouvait Leyla Güven depuis plusieurs heures. Ni ses proches ni ses avocats n’ont été informés du transfert de la prison pour femmes d’Amed (Diyarbakir) à la prison de type E d’Elazığ.

Les avocats de Güven ont appris ce transfert lors d’une tentative de visite d’un client mardi après-midi. Les autorités de la prison n’ont fourni aucune information sur le lieu du détention de Güven.

Leyla Güven a été condamnée lundi par un tribunal turc d’Amed à 22 ans et trois mois de prison pour terrorisme douteux. Elle a notamment été accusée de « former et diriger une organisation terroriste » – c’est-à-dire le Parti des travailleurs du Kurdistan. Le tribunal a fondé sa décision sur le fait que Güven fait partie de la double direction, paritaire, de l’organisation faîtière de la société civile DTK (Congrès de la société démocratique).

La politicienne kurde est accusée d’avoir « établi et géré une organisation illégale », « être membre d’une organisation illégale », « avoir incité le public à se joindre à des réunions et manifestations illégales », « participé à des marches illégales (dont des marches contre l’invasion d’Afrin par la Turquie en 2018) ». 

Lundi soir, Leyla Güven a été arrêtée à Amed dans l’appartement de son ancienne collègue, Semra Güzel.

Comme aucun procureur n’était présent au palais de justice, les policiers ont emmené la politicienne de 56 ans au département anti-terrorisme, où elle a été forcée de passer la nuit. Ce n’est que mardi matin qu’elle a été transférée au tribunal pour la lecture du verdict, puis remise au Centre correctionnel pour femmes de la province.

Les raisons du transfert de Güven à Elazığ sont encore complètement obscures. Meral Danış Beştaş, cadre du HDP et avocate des droits humain, a parlé d’une application de la politique dite de dispersion lors d’une émission de la chaîne ARTI TV.

La méthode d’éloignement des prisonnier comme instrument de double peine

La méthode pénitentiaire d’éloignement consiste à transférer les prisonniers kurdes dans des prisons éloignées afin de les isoler de leur environnement social et de punir leurs proches en leur faisant parcourir des distances trop longues.

Dans presque tous les cas, les prisonniers concernés sont des prisonniers politiques. Bien que les lois pénales stipulent qu’ils doivent purger leur peine à proximité de leur domicile, il ne s’agit là que d’une note marginale pour la justice turque, qui n’a plus d’intérêt. Ce faisant, le pouvoir judiciaire ignore également un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, qui considère cette méthode comme une violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Ce n’est pas la première fois que Güven est arrêtée. En 2009, elle a été emprisonnée dans le cadre des « opérations du KCK », critiquées au niveau international, et n’a été libérée qu’au bout de cinq ans. Au moment de son arrestation, Güven était maire d’Urfa / Viranşehir.

En janvier 2018, elle a de nouveau été placée en détention préventive, cette fois-ci pour ses critiques de la guerre d’agression contre Afrin.

À l’époque, elle a entamé une grève de la faim de 200 jours en novembre de la même année pour la levée des conditions d’isolement d’Abdullah Öcalan, emprisonné sur l’île-prison d’Imrali depuis 1999, avec plus de 7 000 personnes participantes au dernier décompte.

En juin dernier, Güven a été arrêté à nouveau, quelques heures seulement après que le Parlement d’Ankara ait révoqué son mandat et donc aussi son immunité. La raison invoquée était le verdict désormais juridiquement contraignant du procès du KCK.

ANF