Cemil Bayik: L’Europe doit se tenir aux côtés du peuple kurde

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« Historiquement, le problème kurde est un problème de liberté et d’existence (ontologique). Depuis sa création, l’État turc mène une politique qui nie l’existence libre et démocratique du peuple kurde. Face aux politiques de déni, de rejet et d’assimilation, la lutte du peuple kurde pour conserver son existence est un combat juste et naturel. »
 
A l’occasion de l’anniversaire de la création du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) les 26 et 27 novembre 1978 dans le petit village de Fis (district de Lice, province de Diyarbakir), le journal Humanité a publié l’appel de Cemil Bayik, co-président du Conseil exécutif de l’Union des communautés du Kurdistan (Koma Civakên Kurdistan – KCK) qui regroupe le PKK (Turquie), le PYD (Syrie), le PJAK (Iran) et le PCDK (Irak).
 
« Historiquement, le problème kurde est un problème de liberté et d’existence (ontologique). Depuis sa création, l’État turc mène une politique qui nie l’existence libre et démocratique du peuple kurde. Face aux politiques de déni, de rejet et d’assimilation, la lutte du peuple kurde pour conserver son existence est un combat juste et naturel.
 
Les attaques dont le peuple kurde a été victime, sont similaires aux génocides subis par les Grecs, les Arméniens, les Assyriens et les Juifs qui ont eu lieu après les années 1915. Le PKK est apparu comme un mouvement de défense contre les politiques de destruction, de déni et d’assimilation des Kurdes en Turquie. En fait, la lutte du PKK a créé une sensibilité au problème kurde en Europe. En revanche, l’État turc a eu recours à des relations bilatérales basées sur les intérêt avec les États européens. Par le biais de l’Allemagne et la France il a exercé différents moyens de pression. En conséquence, l’Allemagne et la France ont formellement interdit les associations kurdes et le PKK en juin et novembre 1993. Les États européens ont non seulement imposé ces interdictions, mais ils ont également porté le PKK sur la « liste des organisations terroriste » de l’Union Européenne. L’inscription du PKK sur la liste des organisations terroriste a eu lieu à une période où le PKK a suspendu la lutte armée, afin de mettre en avant une solution démocratique par la voie politique. Cette décision a été une décision purement politique. Dans trois affaires distinctes conclues en Belgique en 2019, et dans une affaire conclue par la Cour de justice de l’Union Européenne, il a été jugé que « le conflit entre le PKK et l’Etat turc est une guerre bilatérale » ; que le PKK ne pouvait être évalué dans le cadre d’une organisation terroriste.
 
A ce stade, profitant du chaos au Moyen-Orient, la Turquie mène des opérations d’occupation en envoyant des groupes islamistes radicaux qu’elle forme, en Syrie, en Libye, en Irak et dans les pays du Maghreb. Elle crée une instabilité et des tensions avec des politiques agressives en Méditerranée contre la Grèce, la France, l’Égypte, la Chypre et l’Italie. Elle mène une politique de chantage, en déclarant orienté vers l’Europe les réfugiés ayant fui la guerre. À ce stade, la Turquie suit des politiques hostiles non seulement à l’égard du peuple kurde, mais contre l’ensemble de la région et de l’Union Européenne.
 
Le placement sur la liste des organisations terroristes et les interdictions à l’encontre du PKK de la part de l’Union européenne sont devenue un moyen de base et de légitimité des politiques autoritaires, expansionnistes et antidémocratiques de la Turquie. La liste des organisations terroriste et les interdictions à l’encontre du PKK légitime et encourage également la poursuite de la guerre de l’État turc contre le Kurdistan et constitue un obstacle à une solution pacifique. Ainsi, l’État turc criminalise tous les Kurdes sur le fondement du terrorisme.
 
Je tiens particulièrement à souligner qu’il faut retirer le PKK, qui lutte en faisant de grand sacrifice afin de démocratiser la région et la Turquie, de la liste des organisations terroriste ; que les mauvaises décisions prises pour des raisons politiques contre le mouvement du PKK, doivent à présent être corrigées.
 
Le PKK détient une stratégie pour résoudre la question kurde pacifiquement et démocratiquement à l’intérieur même des frontières des États existants sur une base de garantie constitutionnel. En ce sens, dans l’histoire, comme toutes les organisations qui luttent pour la reconnaissance de leur droit, notre mouvement est un mouvement de liberté. Comme l’a statué la justice belge, le PKK est une partie dans un conflit non international. Il s’agit d’une force armée non étatique, en ce sens, elle n’entre pas dans la cadre du terrorisme. En conséquence, je pense qu’il est temps que les lois et interdictions qui criminalisent le PKK et les kurdes, qui rendent la vie commune des peuples difficiles, l’intégration impossible et empêchent la stabilité dans la région et la Turquie, soit abolies. Espérant que les peuples d’Europe nous comprendront, je leur adresse mes sincères salutations. »

2 Commentaires

  1. Là où les Kurdes se défendent contre les arrestations, les déportations et les emprisonnements – quand ce n’est pas d’assassinats dont il s’agit -, la Turquie de l’AKP d’Erdogan les attaque pour briser leur liberté et le respect constitutionnel auquel chaque population à droit… Tant est si bien que même pas les élections législatives et municipales sont reconnues. Annulées, ajournées, rejouées, dès lors qu’elles sont remportées par la reconnaissance politique Kurdes par les urnes, en opposition à l’AKP-MHP, légitimement élue par la bannière du HDP.

  2. N’importe quel peuplade aurait fait comme les Kurds d’Abdullah Öcalan pour défendre leur territoire. Que ce soit en Turquie, en Iran, Syrie ou Irak, le Kurdistan défend sa liberté et sa reconnaissance constitutionnelle. Chez Erdogan, l’économie pâtit de l’obstination de l’AKP.

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