La fête ancestrale de la grenade

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ROJHILAT / IRAN – Le yarsanisme est l’une des plus anciennes croyances religieuses des Kurdes.
 
La philosophie yarsane* est étroitement liée à la foi et à la philosophie des Alévis. C’est une croyance basée sur la nature, la société, les lois et traditions sociales.
 
Pour montrer leur respect et leur proximité avec la nature et la société, les Yarsans, qui célèbrent toutes les saisons, célèbrent au cours de ces fêtes les produits de la nature qu’ils ont obtenus.
 
Pour les Yarsans – vivant essentiellement au Kurdistan de l’Est (Rojhilat) – l’automne signifie le Festival de la grenade. La grenade est l’un des derniers fruits à mûrir. Les Yarsans saluent avec ce festival la première partie de l’année tout en accueillant la seconde partie.
 
Le festival de la grenade, qui est célébré chaque année à la fin du mois d’octobre dure 3 jours. (Les Kurdes font cuire le jus de la grenade pour obtenir une mélasse acide utilisée comme vinaigre.)
 
Xawenkar
 
La fête de la grenade commence par une cérémonie religieuse et se déroule dans une ambiance festive. Le festival de la grenade s’appelle Ayinê Yari.
 
Ayinê Yari signifie cérémonie de fraternité. Les fleurs, les légumes, les produits de toutes leurs couleurs sont issus de la nature. Par conséquent, toutes les cérémonies et fêtes sacrées tirent leur nom de la nature, des produits offerts par la nature à la société.
 
Le festival de la grenade, qui dure trois jours, prend le nom de Xawenkar.
 
Selon la croyance des Yarsans, le sultan Sahak et ses amis auraient été bloqués dans la grotte de Mireno à Shinawa, Halabja. Après trois jours, les amis se sont libérés et se sont retrouvés chez une pauvre femme. Elle n’a qu’un coq mais le partage avec bonheur avec le sultan Sahak et ses amis.
 
Cet événement a eu lieu il y a environ 700 ans. Depuis lors, la fête de Xawenkar est célébrée avec de la viande rôtie et du riz. La fête de Xawenkar est célébrée en tant que fête de la victoire et du salut pour le sultan Sahak et ses amis.
 
Après la présentation de la nourriture et des grenades, des prières yarsans sont lues.
 
Une fois la nourriture mangée et les grenades offertes, les groupes de tambourins, composés de centaines de personnes, commencent à jouer du tambour, symbole sacré du yarsanisme.
 
La fête de Xawenkar est célébrée sur la tombe de Bābā Yādgār, l’un des Pir (chef religieux) des Yarsans, dans la province de Kermanshah.
 
Un autre sanctuaire important est celui du sultan Suhak à Sheykhan, près du pont Perdīvar, également dans la province de Kermanshah.
 
Une croyance ancienne
 
La religion Yârsânisme ou Ahle Haqq a été fondée par le soufi kurde Sultan Sahâk (1) au XIV siècle. Certains Yârsâns du Kurdistan du Sud sont appelés Kakaï. On ne sait pas le nombre exacte des Yârsâns qu’on estime à des centaines milliers de personnes.
 
Le Yârsânisme est l’une des trois religions formant le yazdanisme* (avec l’alévisme et le yézidisme), terme désignant les religions considérées comme kurdes et comportant des éléments antérieures à l’islam. Le Yârsânisme ou Ahle Haqq, est une religion syncrétique (2) datant de la fin du XIVe siècle au Kurdistan de l’Est, dans l’ouest de l’Iran. Les Yârsânes sont persécutés à cause de leurs croyances.
 
*Le yazdânisme est un terme de classement universitaire et parfois aussi le nom de l’ancienne religion monothéiste, culte des Anges (Yazdâni), que pratiquaient les Kurdes avant l’expansion arabe du viie siècle et leur islamisation. Les Yazdânites croient en la réincarnation, comme dans l’hindouisme et que sept anges défendent le monde face à sept démons, leurs égaux. On estime que près du tiers de la population au Kurdistan professe cette religion. Le yazdanisme (sauf le yézidisme) est aujourd’hui assimilé à des courants de l’islam, car ils pratiquent la taqiya (une pratique de précaution consistant, sous la contrainte, à dissimuler ou à nier sa foi afin d’éviter la persécution) et aussi un petit nombre de rites musulmans. Cependant, ils sont critiqués par des musulmans qui considèrent que ces pratiques ne sont que superficielles et que le fond de leur croyance n’est pas musulman.
 
(1) Sultan Sahak est né à Barzanjeh , dans la province actuelle de Sulaymania, au sud du Kurdistan. Selon l’hagiographie d’Ahl-e Haqq, il était un descendant direct de l’imam musulman chiite Musa Kazim. Par la suite, il s’installe dans la région d’Avroman (Hawraman), dans la région kurde de Kermanshah, en Iran.
 
Selon ses disciples, Sultan Sahak a révélé la quatrième étape de la religion ( Haqiqat = vérité) à la terre, le Bayabas-e Pirdiwari (au-delà du pont). Sultan Sahak est mort dans le village de Sheykhan dans la province de Kermanshah où sa tombe est devenu un lieu de pèlerinage pour ses disciples.
 
Les enseignements de Sultan Sahak ont ​​été enregistrés par ses disciples et publiés plus tard dans la langue Gurani sous le nom de Kalam-e Saranjam . Les adeptes de l’Ahl-e Haqq lui donnent divers noms, notamment Shah-e Haqiqat (le roi de la vérité), Saheb-Karam, Saan Sahaak et Khwaavandekaar (Seigneur).
 
(2) Syncrétisme : système philosophique ou religieux qui tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes
Photo via Zanyar Hama Noori 

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