L’Etat turc dit aux Kurdes qu’ils n’ont pas leur place en Turquie

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TURQUIE / BAKUR – Le pouvoir turc vient d’arrêter deux députés kurdes du parti HDP. Le 22 mai dernier, de nombreux politiciens et militants kurdes, dont l’ex-députée du HDP, Ayla Akat Ata, et des membres d’organisations de femmes, ont été arrêtés dans plusieurs villes kurdes. Ces arrestations sont accompagnées de regains de violences et attaques racistes anti-kurde.

Ces derniers jours, les Kurdes de Turquie ont eu droit à la destruction de la bibliothèque municipale portant le nom de l’écrivain kurde Celadet Elî Bedîrxan à Siirt, au meurtre raciste du jeune kurde Baris Cakan, tué par trois fascistes turcs à Ankara pour avoir écouté de la musique kurde, à la torture d’un jeune kurde par des policiers turcs à Amed (Diyarbakir) dont les photos ont été publiées par ses bourreaux, enfouissement, sous un trottoir d’Istanbul, des ossements appartenant à 267 combattants kurdes volés d’un cimetière de Garzan, à la découverte d’une fosse commune renfermant les restes des dizaines de personnes dans une grotte dans la campagne de Mardin / Dargeçit, à l’arrestation des députés kurdes du HDP (Parti démocratique des peuples) Leyla Güven, Musa Farisoğulları qui ont rejoint des milliers d’autres élus, politiciens, militants, journalistes, avocats, musiciens… kurdes tenus en otages dans les geôles turques depuis des années.

En intensifiant ses attaques contre les politiciens kurdes, le pouvoir turc envoie un message fort aux Kurdes du pays : Ils n’ont pas de place sur la scène politique du pays. Soit ils accepteront le colonialisme turc au Kurdistan « turc » et l’assimilation forcée qui va avec, soit l’Etat turc, avec ses forces armées, les attaquera sans retenu, comme il l’a fait pendant l’hiver 2015/2016 quand il a rasé plusieurs localités kurdes après que ces dernières ont déclaré l’autonomie locale.

Un autre message que le pouvoir turc envoie aux Kurdes est qu’il est impossible de démocratiser la Turquie kémaliste fondé sur le fascisme et le massacre de nombreux peuples de la région qui n’étaient pas « turcs » et « sunnites ». Les Kurdes sont le seule peuple qui a continué à résister, malgré les innombrables massacres qu’il a connus depuis la fondation de l’Etat turc en 1923. Le dernier mouvement de résistance kurde se plaisait à dire qu’on allait réussir à « démocratiser » la Turquie pour qu’elle devienne un pays pour tous les peuples et les minorités ethniques et confessionnelles qui y habitent, sans qu’on sacralise la « race supérieure » turque et sans que les autres soient vus comme inférieurs aux « Turcs » sunnites.

Cette énième attaque est une déclaration de guerre faite au peuple kurde et les jours, les mois et les années à venir risquent d’être particulièrement sanglants pour les Kurdes qui sont fatigués de mourir mais qui sont déterminés à lutter pour avoir le droit d’exister en tant que Kurdes et à qui sa langue, sa culture et le droit à l’auto-détermination ne seraient plus interdites. Refusant le droit à la co-existence aux Kurdes à l’intérieur des frontières de la Turquie, cette dernière dit clairement aux Kurdes qu’ils ne sont pas chez-eux sous le drapeau turc. Ce qui est interprété par de nombreux Kurdes comme une « invitation » à la séparation du Bakûr (Kurdistan du Nord) de la Turquie.

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