COVID-19. Les femmes kurdes alertent contre un massacre annoncé au Kurdistan du Nord

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Le Mouvement des femmes libres kurdes (TJA) appelle à la solidarité concernant la pandémie du COVID-19 qui se propage à toute vitesse à travers le Kurdistan du Nord [Bakur] et en Turquie où la population kurde et les détenus politiques entassés dans des prisons surpeuplées font face à un massacre annoncé.
 
Voici l’appel du TJA :
 
« Alors que l’auto-organisation des administrations locales a acquis une grande valeur pour que les sociétés s’organisent et se prennent en charge au 21e siècle, en Turquie, les administrations locales sont privées de l’initiative nécessaire. Le gouvernement central du Parti de la justice et du développement (AKP) leur retire les tâches et les responsabilités, les représentants élus sont révoqués et remplacés par des administrateurs gouvernementaux. Ces pratiques ne sont censées être observées que sous les régimes dictatoriaux, mais elles se sont normalisées en Turquie.
 
Actuellement, alors que l’ensemble du programme mondial est axé sur la pandémie du Covid-19, le programme du gouvernement AKP en Turquie tente de dissimuler sa propre imprudence en coupant les services à la population kurde de Turquie et en se préparant à accuser la population pour les conséquences futures. L’État n’a pas réussi à dépeupler le Kurdistan par la migration forcée, la guerre ou l’exil. Aujourd’hui, en nommant des administrateurs dans des municipalités démocratiquement acquises, le Kurdistan est abandonné à la mort. L’État turc, qui manifeste une grande hostilité à l’égard des organisations locales de la société, met en œuvre des méthodes qui oppriment l’opposition sociale et les administrations locales après la pandémie du coronavirus.
 
Depuis le début de la République turque, l’État n’a jamais considéré les municipalités du Kurdistan dans le cadre de la prestation de services. Ils voulaient seulement intégrer les représentants et leurs relations avec l’État. Les municipalités ont fait preuve d’un enjeu idéologique pour l’État.
 
Par conséquent, la nomination des administrateurs est une démarche idéologique très planifiée de l’État dans le cadre de la fusion des administrations locales du Kurdistan avec l’État turc. Alors qu’à l’ouest de la Turquie, lorsqu’une personne est démise de ses fonctions, elle est remplacée par une personne choisie par les électeurs, au Kurdistan, les administrateurs de l’État sont nommés comme représentants. L’État ignore son propre principe d’égalité et applique toutes les lois antidémocratiques imaginables au Kurdistan.
Le premier administrateur a été nommé au Kurdistan en 2007, après la décision d’une « municipalité multilingue » offrant des services à la société qui, en plus du turc, comprenait également des langues kurde, assyrienne et arménienne dans la municipalité de Sur. En conséquence, le conseil et le chef de la municipalité ont été démis de leurs fonctions. Juste après les élections de 2009, où des représentants du mouvement kurde ont été élus dans 99 municipalités, des dizaines d’élus et de membres du conseil ont été arrêtés et détenus pendant de longues années.
 
Insistant sur les politiques de guerre pour résoudre la question kurde, le gouvernement de l’AKP a déclaré l’état d’urgence le 20 juillet 2016 et a ainsi suspendu la démocratie.
Pendant cette période, avec des dizaines de « décrets-lois », des dizaines de milliers d’employés ont été licenciés. Plus de 5 000 associations, écoles, syndicats, associations de femmes ont été fermés et leurs propriétés confisquées. Des milliers de personnes ont été arrêtées ou placées en détention. Avec le décret-loi n° 674, le président a été autorisé à nommer des administrateurs dans les municipalités ; les gouverneurs des villes ont été autorisés à confisquer les propriétés des municipalités et à licencier les salariés. Sur la base de ce décret-loi, toutes les municipalités appartenant aux représentants élus du Parti démocratique des peuples (HDP), du Parti des régions démocratiques (DBP – parti kurde), ont été saisies, et à partir du 11 septembre 2016, des administrateurs ont été nommés à leur place.
 
La nomination des administrateurs a eu lieu pour un total de 95 municipalités, dont 3 grandes villes, 10 villes, 63 localités et 22 petites villes où le DBP a été élu. L’État a nommé ses propres fonctionnaires dans ces municipalités. Des centaines d’élus, de membres du conseil municipal et de salariés municipaux ainsi que des membres de l’Assemblée du HDP ont été arrêtés. Des milliers de salariés ont été licenciés des municipalités. Au total, les municipalités représentant 6 366 566 personnes ont été confisquées et donc gérées par des administrateurs.
 
Le 31 mars 2019, les élections ont été répétées et les candidats du HDP ont étés élus dans 65 municipalités. 6 d’entre eux n’ont pas été autorisés par l’Etat à prendre leurs fonctions dès le début. Parmi les 59 municipalités restantes, des administrateurs ont été nommés dans 32 d’entre elles. 21 des représentants de ces municipalités sont toujours détenus. Pendant la période de la pandémie du Covid-19, le 23 mars 2020, les municipalités de Batman, Silvan, Lice, Eğil, Ergani, Güroymak, Iğdır-Halfeli, Siirt-Gökçebağ ont également été saisies et des administrateurs y ont été nommés. L’État veut ainsi retirer aux Kurdes, et en particulier aux femmes, le droit de s’organiser – les droits légaux sont ignorés, toutes les démarches des Kurdes sont criminalisées, dans les moments difficiles, la solidarité est bannie par l’État et la population est abandonnée à la mort.
 
En collaboration avec les administrateurs, une politique de guerre spéciale a été mise en œuvre et le système de coprésidence du HDP a été ciblé, les réalisations des femmes ainsi que la compréhension des administrations locales fondées sur la démocratie, l’écologie et la liberté des femmes ont été confisquées et des assimilations culturelles et politiques ont été mises en œuvre.
 
Les municipalités élues par le peuple ont été transformées en commissariats de police, les institutions des sociétés ont été transformées en institutions du patriarcat. Le système mis en place par le mouvement pour la liberté des femmes a été renié et les associations de femmes, les centres de conseil ont été fermés et remplacés par des cafés pour hommes. Des hommes ont été nommés à la tête des centres pour femmes, alors que les centres ont été transformés en centres de mariage des institutions d’éducation religieuse.
 
Une politique d’éradication des acquis des femmes a été mise en œuvre de manière agressive. Les relations entre la lutte des femmes et les administrations locales veulent être détruites, la sensibilisation aux services développés par la lutte des femmes a été déclarée illégale. Pendant le travail des municipalités du HDP dans le cadre de la lutte contre la violence, les statistiques de la violence contre les femmes ont diminué, les espaces d’expression des femmes ont été créés. Le fait que 76% des dirigeants du HDP arrêtés étaient des femmes après les élections du 31 mars 2019 montre clairement que ces attaques de l’État sont dirigées contre le mouvement des femmes et l’égalité représentative. À cet égard, la solidarité des associations démocratiques et des mouvements de libération des femmes avec les femmes kurdes renforcera notre lutte commune contre les institutions patriarcales de l’État.
 
Le régime de tutelle de l’AKP, parallèlement aux politiques précédentes, montre que la volonté et la santé des personnes ne signifient rien pour eux, en désignant des tuteurs à un moment où la société a le plus besoin de services. L’État pousse les personnes à aller dans la rue, à les mettre sous tutelle dans des conditions insalubres, donc à s’attaquer à la population même dans des conditions de pandémie.
 
Au lieu de résoudre les problèmes de santé de la société, le gouvernement AKP essaie d’attaquer les droits démocratiques afin de maintenir son administration fasciste. Alors que tout le monde souligne l’importance de rester à l’intérieur, des dizaines de policiers entrent dans les maisons et sortent les occupants pour les traîner dans la rue.
 
Pour lutter contre la pandémie, les municipalités du HDP ont mis en place des équipes de coordination, échangé des informations avec les associations de santé et de la société civile, les transports publics sont régulièrement désinfectés, des lignes d’urgence ont été mises en place, des brochures multilingues ont été préparées, un travail social de distribution de colis sanitaires et alimentaires a été lancé et dix mille familles qui ont besoin d’aide ont été choisies pour recevoir des colis alimentaires et sanitaires, les besoins de base tels que l’eau ont été libérés.
 
L’État prévoit de laisser la société seule aller vers la mort en arrêtant les associations de la société civile et en rendant la population plus dépendante de l’État. Les précautions ne sont pas assez prises au Kurdistan, un seul centre de détection des cas a été créé pour l’ensemble du Kurdistan, la plupart des personnes qui se rendent à l’hôpital sont renvoyées chez elles. Les discours discriminatoires à l’égard des personnes âgées alimentent la mentalité sexiste, raciste et religieuse.
 
La pandémie de coronavirus augmente sérieusement de jour en jour, l’un des endroits les plus risqués étant les prisons. Le taux de capacité des prisons en Turquie est de 121%, avec le nouveau paquet d’amnistie préparé par le ministre de l’intérieur, les prisonniers politiques, les étudiants, les féministes, les politiciens et les journalistes sont exclus de toute politique carcérale dans la lutte contre le Covid-19. Il est prévu de libérer les personnes qui ont commis des crimes sexuels, meurtres, trafique de drogue, vols. Tandis que 50 000 personnes sont prévues d’être libérées, les 200 000 restantes sont laissées pour mortes. Des milliers de personnes qui ne sont arrêtées qu’en raison du manque de liberté de pensée seront laissées dans les prisons où il n’y a pas d’espace personnel, pas de conditions d’hygiène, où le virus peut facilement se propager. Tout cela ressemble aux chambres à gaz d’Hitler.
 
Parmi les prisonniers, il y a 1333 détenues malades, dont 457 dans des conditions difficiles, il y a aussi des personnes ayant des besoins spéciaux, des personnes âgées et des enfants. Les personnes qui sont jugées pour leurs convictions politiques sont étiquetées comme membres d’organisations terroristes.
 
Sur la base des normes internationales et des décisions de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), la définition du terrorisme en Turquie devrait être modifiée, tous les prisonniers jouissant de la liberté d’expression devraient être libérés des accusations de terrorisme, l’inégalité des poursuites pour des milliers de personnes devrait cesser.
 
Abdullah Öcalan, qui a plus de 71 ans, a vécu dans des conditions difficiles dans la prison de l’île d’Imrali, où les conditions sont très rudes. Comme les fonctionnaires qui y travaillent font la navette vers l’île, ils courent un risque potentiel du Covid-19. Par conséquent, tous les prisonniers politiques doivent être libérés.
 
Nous savons que vous êtes tous confrontés à la pandémie du coronavirus dans vos pays. Nous ne pouvons résoudre les problèmes mondiaux qu’avec une solidarité mondiale.
Nous avons un besoin urgent de solidarité mondiale contre les violations du droit à la vie, le militarisme, le fascisme, l’oppression et le profit des dynamiques mondiales, comme les Nations unies (ONU), le Comité pour la prévention de la torture (CPT), le Parlement européen, le Conseil européen, l’UNICEF, les associations de défense des droits de l’homme, des femmes et de l’écologie. C’est aujourd’hui le jour de la solidarité, de la lutte commune et de la fin des guerres.
Nous voulons notre monde libre et souhaitons nous battre ensemble pour cela.
 
Restez en bonne santé, restez solidaires. »
 
Le Mouvement des femmes libres (Tevgera Jinén Azad – TJA)

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