Le massacre de Suruç : L’interminable quête de justice et de vérité

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TURQUIE – Le 20 juillet 2015, DAECH a commis un attentat suicide à Suruç, tuant 33 jeunes rassemblés pour partir à Kobanê. Plus d’une centaine de personnes ont été blessées. Quatre ans après le massacre, les proches des victimes de Suruç sont toujours privés de de justice et de vérité.
 
À la suite de l’appel lancé par la Fédération des associations de jeunes socialistes (SGDF), 300 jeunes se sont réunis au Centre culturel Amara pour tenir une conférence de presse avant leur départ pour la ville kurde de Kobanê, de l’autre côté de la frontière.
 
Le voyage prévu à Kobanê devait être un acte de solidarité. Les jeunes voulaient apporter des jouets et de l’aide humanitaire à la ville détruite par l’Etat islamique.
 
Alors Abdurrahman Alagöz s’est fait exploser.
 
Quatre ans après le massacre de l’Etat islamique à Suruç, qui s’est déroulé sous le contrôle de la police et des services secrets turcs, les responsables de ce massacre n’ont toujours pas été inquiétés.
 
Depuis quatre ans, les survivants du massacre de l’Etat islamique à Suruç lutent pour que la justice soit rendue et font face à une répression continue. Au cours des quatre dernières années, des dizaines de personnes qui ont survécu à l’attaque ont été arrêtées, de même que leurs avocats. Les tombes des victimes ont également été profanés.
 
Le massacre de Suruç a marqué le début d’une période sanglante. Le président Erdoğan a tout fait pour dissimuler le fond du massacre. La vague d’arrestations qui a suivi le massacre n’a pas été dirigée contre l’Etat islamique, mais contre des membres du HDP et de SGDF. Des centaines de personnes ont été arrêtées et emprisonnées dans des dizaines de villes.
 
Le dossier d’enquête sur l’attaque a été placé sous confidentialité. Seulement 18 mois plus tard, des accusations ont été portées. L’accusation a requis 104 ans de prison pour Yakup Şahin, arrêté à Ankara lors de l’attaque du 10 octobre 2015, et Deniz Büyükçelebi et İlhami Ballı, qui se trouveraient en Syrie. Le procès a commencé 21 mois après l’attaque, le 4 mai 2017.
 
Le chef de la police, Mehmet Yapalal, a été condamné à une amende pour avoir révélé que le kamikaze était connu de la police qui s’attendait à une attaque.
 
Le 26 mars 2018, deux autres policiers ont été entendus au procès pour abus de pouvoir et négligence. Un des policiers accusés, Ali Koçak, qui est en garde à vue, a déclaré lors du procès que la police avait été informée de l’attentat-suicide et qu’elle n’avait pris aucune mesure. Le processus de trois ans n’a pas connu d’évolution positive.
 
Les commanditaires du massacre de Suruç sont encore flous. Les proches des victimes, les survivants, les témoins et les avocats sont constamment confrontés à des détentions et à des arrestations. Les avocats Özlem Gümüştaş, Sezin Uçar et les survivants blessés Havva Cuştan, İlke Başak Baydar, Mazlum Demirtaş, Koray Türkay et Ali Deniz Esen ont été arrêtés.
 
Afin d’intimider les membres de la famille réclamant justice, l’État turc a même laissé les victimes se faire attaquer. La tombe de Veysel Özdemir à Amed a été attaquée à deux reprises. Même la tombe d’Ece Dinç, âgée de vingt ans, a été attaquée par un groupe de 15 personnes et le drapeau rouge sur sa tombe a été brûlé.
 
La tombe du professeur d’anglais Süleyman Aksu à Yüksekova a été vandalisée. La maison de sa famille a également été détruite lors du couvre-feu à Yüksekova après le massacre et la famille a dû fuir.
 
Şennur Ayaz Ünlü, mère de Polen Ünlü, décédée des suites de l’attentat, est décédée d’une crise cardiaque en avril 2018, sans avoir vu justice rendue pour sa fille. Elle a été enterrée à côté de la tombe de sa fille.
 
Les survivants du massacre de Suruç continuent d’exiger justice et la vérité.
 

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