« Il faut qu’Erdogan comprenne que son règne est fini »

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PARIS – Kurdistan au féminin à interviewé Delphine Fenasse, membre du Parti de Gauche, qui faisait partie de la délégation française lors des élections municipales en Turquie le 31 mars.
 

Fenasse dresse un tableau sombre du régime turc qui fait régner un climat de terreur dans les régions kurdes. Mais, elle dit également que la résistance du peuple kurde donne de l’espoir quand à l’avenir des Kurdes et des citoyens de la Turquie en général.

« Il faut qu’Erdogan comprenne que son règne est fini, qu’il doit partir pour laisser la place au peuple. »

1) Dans quel cadre vous-êtes-vous trouvée en Turquie ?
 

Le HDP a invité très largement les organisations et/ou associations comme observateurs des élections municipales prévues en Turquie. Le Parti de Gauche soutenant le peuple kurde et le HDP, a envoyé deux délégations : une composée de 4 personnes qui devaient se rendre à Van mais qui s’est finalement rendue à Diyarbakir, et l’autre qui s’est rendue à Igdir.

2) Dans quelle(es) région(s) de la Turquie avez-vous été ?

 

Pour ma part, j’étais de la délégation qui a suivi le processus électoral à Diyarbakir, et plus précisément à Lice.

3) Y avait-il un climat différend entre les régions turques et kurdes ? Entre Ankara et Lice par exemple ?

 

Comme nous avons eu beaucoup d’imprévus, nous avons dû traverser le Kurdistan en partant d’Ankara pour nous rendre à Diyarbakir en voiture. Si à Ankara la situation est calme, tout change dès que l’on va vers l’est [régions kurdes] : Nous avons passé de nombreux check point et avons croisé de plus en plus de militaires sur les routes. On est véritablement dans une zone militarisée alors que l’on est dans le même pays !

4) Comment la procédure électorale s’est déroulée à Lice où vous avez été avec une délégation européenne d’observateurs ?

 
Déjà, il faut dire que si nous nous avons pu nous rendre au Kurdistan, d’autres délégations étrangères se sont fait interdire l’entrée en Turquie dès l’aéroport. Ce qui est déjà en soi un problème.
 
Concernant le processus électoral, il faut commencer par dénoncer qu’il se déroule sous une forte pression militaire et policière. A Lice par exemple, il y a 4 000 forces militaires et policières pour 40.000 habitants ! 10 % ! Des militaires et policiers en arme sont également présents dans les bureaux de vote. Ensuite, cette zone étant très rurale, l’accès au bureau de vote peut être très compliqué.
 
Il faut dénoncer également la pression politique et les intimidations : plus de 4 000 responsables et/ou cadres du HDP sont emprisonnés, 65 l’ont été la veille des élections, et Erdogan venait de menacer la veille même du scrutin de remettre sous tutelle toutes les villes qui pourraient voir une victoire du HDP.
 

Pourtant, malgré cela, les habitants sont allés voter en masse : plus de 90 % de participation à Lice ! Un score qui fait rêver en France ! Nous avons même croisé des personnes âgées qui venaient de faire une heure de marche pour aller voter !

5) Vous parliez d’irrégularités, d’un climat de guerre, votre interprète bousculé par des militaires…

 
Nous avons pu entrer dans 4 bureaux de vote.
Dès le premier bureau, la candidate a été interpellée par des habitants qui lui disaient que des militaires avaient pu voter plusieurs fois.
 
La candidate nous a d’ailleurs expliqué comment Erdogan bouge ses garnisons militaires en fonction des lieux où il a besoin de faire des voix. Ainsi, le corps électoral bouge sans cesse au gré de ses besoins électoraux.
 
Ensuite, dans le second bureau de vote, nous avons pu constater que nombre de drapeaux en soutien à l’AKP étaient encore accrochés dans les rues, alors que c’est interdit dès la veille du scrutin. C’est lorsque la candidate a voulu dénoncer cela que notre interprète. s’est fait agressé physiquement par un cadre local de l’AKP qui lui a arraché son téléphone portable et lui a porté des coups. Aucun militaire ni policier n’a levé le petit doigt pour lui venir en aide ou pour protéger la candidate que nous suivions, ou même nous ! Ils ne sont intervenus que lorsqu’une personne ayant autorité sur eux leur a dit de nous faire sortir. Bref, c’était clairement une armée aux ordres. En France, la police ou l’armée n’ont pas le droit d’entrer dans la bureau de vote, encore moins armée ! Si c’est le cas, le ou la présidente du bureau a l’autorité pour leur dire de sortir et pour leur rappeler la loi. Lorsque j’en ai parlé à la candidate sur Lice, elle a souri en me disant que là-bas, la police et l’armée ont non seulement le droit d’être présents mais également de tirer si nécessaire !
 

Enfin, des observateurs d’autres nationalités se sont fait arrêtés, et d’autres n’ont même pas eu accès aux bureaux de vote. La délégation du Parti de Gauche qui se trouvait à Igdir a même été menacé d’arrestation par la police dès le premier bureau !

Il faut qu’Erdogan comprenne que son règne est fini, qu’il doit partir pour laisser la place au peuple.

 
 

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