« Les filles du soleil » : la grosse déception d’une journaliste kurde

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Une journaliste kurde a vu le film « Les filles du soleil » de la réalisatrice française Eva Husson. Le film relate l’histoire d’une femme yézidie – enlevée par Daesh comme esclave sexuelle – qui a pris les armes et monté une brigade de femmes pour se venger des jihadistes de l' »Etat-islamique » (Daesh) après avoir réussi à s’enfuir. La journaliste kurde a quitté la séance avec un gros malaise et elle dit pourquoi.

Que le combat des femmes kurdes soit porté à l’écran n’est que justice. Les femmes kurdes ont résisté contre l’état islamique alors que tout le monde baissait les bras. Le film présenté aujourd’hui à Cannes, « les filles du soleil » devait réparer deux injustices. Les kurdes sont systématiquement les oubliés de l’histoire. Les femmes aussi. Eva Husson, la réalisatrice expliquait : « Il y a un désintérêt culturel pour les histoires de femmes »

 
Autre jolie promesse de « Girls of the sun (« Les filles du soleil ») », la présence de Golshifteh Farahani, actrice française d’origine iranienne.
Des femmes combattantes, des kurdes, Golshifteh Farahani, c’était l’annonce d’un tiercé gagnant.
 
Ce matin, c’est fort de ces trois promesses que le film a pour la première fois rencontré son public à Cannes. D’après la documentation officielle, Les filles du soleil, aussi appellées « Girls of the sun », vont révolutionner les films de guerre par la présence des femmes.
 
Dès les premières images, on est accroché, la photo est bien léchée.
La qualité permet de supporter les lumières blafardes de la Géorgie où Eva Husson a posé sa caméra. Mais très vite on est gagné par un sentiment de malaise. On est venu voir se battre des combattantes kurdes, en fait l’héroïne du film est une journaliste occidentale. Malgré une réelle empathie pour les Kurdes, tout est vu depuis les yeux de l’Occident. Comme si nous ne pouvions pas voir directement ce que voient les combattantes. C’est grâce à une journaliste européenne que ces combattantes existent. C’est grâce à une européenne que Bahar, jouée par Farahani, se confie.
 
Le deuxième malaise vient de Golshifteh Farahani. Immense actrice, elle nous avait émue dans « My sweet peperland ». Ici, elle est distante, presque absente. De plus, elle a presque tout le temps un foulard qui lui cache les cheveux. Au point qu’on a du mal à se souvenir d’elle, forte.
 
Eva Husson souhaitait s’émanciper des codes du film de guerre pour proposer une autre représentation des femmes au cinéma. Ici, nous sommes dans une vision complètement classique ou les femmes sont des victimes. Certes ici elles sont contraintes de se battre mais si elles pouvaient être dans leur cuisine ou faire du lèche vitrine, elles préféreraient.
 
Autre gros malaise, une négation complète de l’enjeu de la région. Les initiés reconnaîtront le slogan « femme vie liberté » du PKK. Mais ça s’arrête là. Le film pourrait être tourné partout ailleurs. Pourquoi les Kurdes se battent ? Qui a exterminé les Yézidis ? D’ailleurs, qui sont les Yézidis ? Le spectateur moyen n’en saura rien. Ce qui donne au film un sentiment de fausseté que le jeu hésitant des actrices n’arrange en rien.
S. A.

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