IRAN / ROJHILAT – Dans le cadre du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les Kurdes d’Iran (Rojhelat) pourraient devenir un acteur stratégique décisif. Longtemps marginalisés, ils disposent d’une expérience militaire, d’une connaissance du terrain et d’une légitimité locale qui en font un levier potentiel pour affaiblir ou renverser le régime iranien. Selon Asso Hassan Zadeh, leur rôle dépendra autant du soutien des puissances extérieures que de leur capacité à s’unir et à saisir cette opportunité historique.
Dans un article publié sur le site de la Fondation Rosa Luxemburg basée en Allemagne, l’universitaire kurde Asso Hassan Zadeh explique le facteur kurde Iran.
Nous partageons avec vous un résumé de l’article d’Asso Hassan Zadeh :
Dans le contexte du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, les Kurdes d’Iran ( Rojhelat ) pourraient jouer un rôle déterminant. Longtemps marginalisés, ils apparaissent aujourd’hui comme une variable stratégique potentiellement décisive dans l’éventualité d’un changement de régime à Téhéran.
Bien que le Kurdistan iranien soit la deuxième région kurde par sa superficie et sa population, il est resté largement à l’écart des évolutions politiques qui ont touché les Kurdes d’Irak, de Turquie et de Syrie ces dernières décennies. Pourtant, son importance historique est majeure : c’est là que le nationalisme kurde moderne s’est structuré avec la création du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran ( PDKI ) en 1945, et que fut proclamée en 1946 la République de Mahabad – la première et unique expérience étatique kurde moderne, bien que de courte durée.
Pourquoi les Kurdes d’Iran sont-ils restés marginalisés ? Asso Hassan Zadeh identifie plusieurs facteurs explicatifs :
L’histoire du partage kurde
Contrairement aux Kurdes d’Irak, de Turquie et de Syrie, issus de l’ancien Empire ottoman et concernés par le traité de Sèvres puis de Lausanne, les Kurdes d’Iran n’ont pas été intégrés à ce processus d’internationalisation après la Première Guerre mondiale. La nature centralisatrice de l’État iranien : Tant sous la monarchie Pahlavi que sous la République islamique, l’Iran a imposé une identité nationale perse dominante, accompagnée d’une exclusion systématique de la langue kurde, d’un sous-développement économique délibéré des régions kurdes et d’une forte militarisation. La complexité démographique : Dans un pays multiethnique (Azéris, Baloutches, Arabes, etc.), les Kurdes, qui représentent environ 10 % de la population, ont exercé une influence politique nationale plus limitée. Après une période de lutte armée intense dans les années 1980, les partis kurdes iraniens (PDKI, Komala, PJAK…) ont adopté une stratégie de repli, déplaçant leurs bases vers le Kurdistan irakien tout en maintenant un soutien aux mouvements civils en Iran, notamment lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté ».
Un acteur stratégique émergent Avec la guerre actuelle, la donne change. Les frappes aériennes et les manifestations internes semblent insuffisantes pour provoquer un effondrement du régime. Dans ce contexte, le Kurdistan iranien émerge comme un levier potentiel : forces expérimentées, connaissance du terrain montagneux, proximité avec les bases américaines au Kurdistan irakien, et légitimité sociale relative. Des informations ont fait état de contacts entre responsables américains et partis kurdes iraniens, ainsi que de l’intérêt de Donald Trump pour une possible offensive terrestre kurde. Même si ces scénarios restent hypothétiques, ils signalent un changement de perception : les Kurdes d’Iran ne sont plus vus comme un acteur marginal, mais comme un atout stratégique. Cependant, de nombreuses contraintes persistent : méfiance profonde liée aux abandons passés, dépendance à un soutien extérieur (notamment une zone d’exclusion aérienne), divisions internes et pression militaire constante de Téhéran sur les bases kurdes en Irak.
Une vision démocratique et fédérale
Sur le plan politique, la plupart des partis kurdes iraniens ne prônent pas la sécession immédiate, mais défendent une transformation démocratique et pluraliste de l’Iran, fondée sur la reconnaissance des droits collectifs des peuples et un modèle fédéral. Ils participent activement aux coalitions d’opposition, tout en refusant de s’allier aux monarchistes en exil.
Asso Hassan Zadeh est un universitaire kurde d’Iran. Docteur en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement et de l’Université de Genève, il est actuellement maître de conférences à l’Université catholique de Lyon.
Article (en anglais) d’Asso Hassan Zadeh peut être lu ici : Iran: The Kurdish Factor