IRAN / ROJHILAT – En plus des dizaines de milliers de civils tués ou blessés lors des manifestations qui ont secoué l’Iran, dont les régions kurdes, des milliers d’autres ont été détenus, sans qu’on sache s’ils sont toujours vivants et si oui, où ils sont et dans quels états.
Les récentes manifestations ont été parmi les plus importantes de l’histoire de la République islamique d’Iran et ont été réprimées avec une violence inouïe. Au plus fort des troubles, les 8 et 9 janvier 2026, des milliers de citoyens ont été tués par les tirs des forces de sécurité et des milliers d’autres blessés.
Bien que les manifestations se soient relativement et peut-être temporairement apaisées en raison de la répression violente, les institutions sécuritaires de la République islamique d’Iran ont, depuis le début de ces événements jusqu’à présent, inscrit les arrestations massives de citoyens à leur programme.
Des informations en provenance de différentes villes d’Iran font état de plus de 2 000 arrestations de citoyens kurdes. Dans de nombreux cas, ces arrestations ont été effectuées sans mandat judiciaire et ont donné lieu à de graves violences et à des passages à tabac.
Le ministère du Renseignement, l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et la police ont tous joué un rôle dans ces arrestations massives.
Une coupure d’internet de deux semaines, suivie de perturbations continues, ainsi que de menaces et de pressions exercées sur les familles des détenus, a fortement restreint l’accès à des informations précises sur l’identité des détenus et leur statut actuel.
Les institutions sécuritaires ont fait pression sur les familles, par le biais de menaces, d’intimidations et même de promesses de libération, pour qu’elles s’abstiennent de parler publiquement de la situation de leurs proches.
Malgré ces restrictions, le Réseau kurde de défense des droits humains (KHRN) est parvenu, depuis le début des manifestations, à recenser et à vérifier l’identité de 470 citoyens kurdes arrêtés par différents services de sécurité. Le sort de la plupart d’entre eux demeure inconnu.
Durant cette même période, certaines personnes ont été victimes de disparition forcée par les forces de sécurité lors des manifestations. Malgré les demandes répétées de leurs familles, les services de sécurité et les autorités judiciaires ont refusé de fournir des informations sur leur lieu de séjour ou leur statut juridique.
Des arrestations ont eu lieu non seulement pendant les manifestations, mais aussi dans les heures et les jours qui ont suivi. De nombreuses personnes ont été interpellées à leur domicile, sur leur lieu de travail ou dans la rue et l’espace public après avoir été identifiées par les forces de sécurité.
Dans certains cas, des manifestants blessés ont été arrêtés après avoir cherché à se faire soigner dans des centres médicaux, tandis que d’autres ont été détenus pour avoir assisté à des cérémonies commémoratives.
Certains membres des familles des personnes tuées ont également été arrêtés pour avoir cherché à obtenir des informations ou pour avoir parlé du décès de leurs proches.
Des entretiens menés par le KHRN auprès de familles et de détenus récemment libérés indiquent que des centaines de citoyens kurdes ont été transférés de centres de détention de sécurité vers des quartiers de quarantaine dans des prisons générales après avoir été interrogés dans des centres de détention relevant de la Police de sécurité publique, du ministère du Renseignement et de l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution islamique dans différentes villes. Ils demeurent dans une situation d’incertitude prolongée.
Les familles de certaines de ces personnes, qui ont pu leur rendre visite après des semaines sans nouvelles, ont signalé des actes de torture infligés aux détenus. Elles ont déclaré qu’au moment de leur arrestation et après leur transfert dans les centres de détention, elles avaient subi de graves tortures de la part des interrogateurs afin d’obtenir des aveux forcés. Selon ces familles, les méthodes de torture comprenaient des menaces d’agression sexuelle, des menaces d’arrestation de membres de la famille, des simulacres d’exécution, des coups de câbles, des brûlures au fer rouge, l’arrachage d’ongles et d’autres formes de violence.
Selon les conclusions du KHRN, des médias affiliés au ministère du Renseignement et aux forces Basij du Corps des gardiens de la révolution islamique ont publié des aveux forcés de 13 citoyens kurdes détenus dans les villes d’Ilam, Eyvan, Esfarayen, Malekshahi, Chavar, Kermanshah et Téhéran.
Certaines de ces personnes, transférées en quarantaine en prison après leur interrogatoire, ont rejeté ces aveux lors d’appels téléphoniques à leurs familles et ont déclaré que, sous l’effet de graves tortures physiques et psychologiques, elles avaient été contraintes de répéter des déclarations dictées par les interrogateurs.
Au moins dix de ces citoyens ont également été informés verbalement qu’ils étaient accusés d’« guerre contre le Dieu » (moharebeh), un délit passible de lourdes peines, y compris la peine de mort. Cependant, ils n’ont pas encore été formellement inculpés et les efforts déployés par leurs familles pour obtenir des informations sur leur cas sont restés vains jusqu’à présent.
Malgré l’insistance des familles à présenter des avocats de la défense, les parquets publics et révolutionnaires ont refusé d’accepter des avocats choisis par des particuliers, déclarant qu’un avocat commis d’office serait désigné ultérieurement.
Les enquêtes du KHRN indiquent que, bien que certains de ces citoyens aient été libérés sous caution ces derniers jours, le sort de la plupart des détenus reste inconnu, et tous se sont vu refuser l’accès à un avocat et tout contact avec leur famille depuis leur arrestation.
La famille d’une Kurde détenue a déclaré au KHRN que, bien qu’elle ait été placée en quarantaine dans la section féminine de la prison dès les premières heures de son arrestation, elle est conduite quotidiennement au centre de détention du ministère du Renseignement pour y être interrogée. Elle a été arrêtée pour avoir publié une story Instagram en soutien aux manifestations et, lors de son unique et bref appel téléphonique depuis son arrestation, elle a informé sa famille des pressions exercées par les interrogateurs pour obtenir des aveux forcés.
Par ailleurs, selon les informations recueillies, plus de 100 enfants kurdes ont été arrêtés, et le KHRN n’a pu identifier que 28 d’entre eux. Certains ont été placés dans des centres de détention pour mineurs et demeurent en détention provisoire dans un contexte d’incertitude.
Des familles de plusieurs détenus ont également indiqué au KHRN que leurs proches avaient été arrêtés par les forces de sécurité alors qu’ils recevaient des soins médicaux après avoir été blessés par balles réelles et par des tirs de plombs. Les tentatives pour obtenir des informations sur leur sort sont restées vaines jusqu’à présent.
De plus, au moins deux citoyens kurdes récemment libérés ont déclaré avoir vu des manifestants blessés en quarantaine dans des prisons, détenus dans des conditions difficiles, sans accès aux services médicaux ni aux installations de base, dans des cellules plusieurs fois supérieures à leur capacité officielle.
Malgré l’arrestation de centaines de citoyens kurdes, le risque de nouvelles arrestations demeure. Selon les informations reçues, certaines personnes soupçonnées d’avoir participé aux manifestations vivent cachées depuis des semaines par crainte d’être arrêtées, et leur localisation pourrait être découverte à tout moment. Cette situation persistante plonge ces personnes et leurs familles dans une angoisse et une détresse extrêmes.
Dans le même temps, les recherches et les traques incessantes menées par les forces de sécurité pour arrêter les manifestants ont dissuadé certaines personnes blessées de se faire soigner par crainte d’être arrêtées. Selon les informations recueillies par KHRN, ce manque d’accès aux soins médicaux met gravement en danger la santé, voire la vie, des blessés. Les personnes blessées par balles réelles et par tirs de plombs sont particulièrement vulnérables.
Des informations ont circulé ces derniers jours selon lesquelles un citoyen kurde serait décédé des suites de tortures subies lors de sa détention dans un centre de détention des forces de sécurité à Bandar Abbas. Le KHRN n’a toutefois pas encore été en mesure de les vérifier.