EUROPE – Özlem Demirel, eurodéputée germano-kurde, a exprimé son inquiétude face au silence persistant des institutions européennes concernant le siège de la ville kurde de Kobané, dans le nord de la Syrie, malgré l’adoption d’une nouvelle résolution du Parlement européen sur la Syrie.
Dans une déclaration à Rudaw mardi, Mme Demirel du parti Die Linke a indiqué que le Parlement européen avait récemment adopté une résolution relative à la situation en Syrie et dans la région autonome kurde du nord-est du pays (Rojava). « Malheureusement, depuis début janvier, nous constatons que les Kurdes du Rojava, et notamment à Kobanê, sont toujours assiégés », a-t-elle déclaré.
Ses propos interviennent dans un contexte de crise humanitaire croissante à Kobanê. Le Croissant-Rouge kurde a averti mardi que la ville assiégée pourrait se retrouver à court de médicaments d’ici quelques jours, les réserves de lait infantile étant déjà épuisées. « Les stocks de médicaments seront épuisés d’ici trois jours », a déclaré hier Shadya Ahmed, responsable des équipes mobiles de l’organisation à Kobané, ajoutant que cette pénurie a engendré une « crise majeure ».
Malgré un accord conclu le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et Damas, visant à mettre fin aux combats et à définir des étapes vers l’intégration, le siège de Kobané est maintenu. Les organisations humanitaires signalent des pénuries de médicaments pour les maladies chroniques et une augmentation des maladies parmi les enfants déplacés réfugiés dans des écoles et des mosquées.
La semaine dernière, le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution appelant à la stabilité dans le nord-est de la Syrie, à la protection des minorités syriennes – notamment à la garantie des droits des Kurdes – et au renforcement de l’effort international pour prévenir la résurgence de l’État islamique (Daech).
Plus de 360 députés ont approuvé la résolution, 71 ont voté contre et 81 se sont abstenus.
Cette résolution a renforcé les conditions de l’aide future de l’Union européenne à la Syrie, après l’engagement pris le mois dernier par l’UE de verser 620 millions d’euros (722 millions de dollars) au nouveau gouvernement syrien pour la reconstruction post-conflit.
Tout en reconnaissant que des divergences existent au sein du Parlement concernant la Syrie, Mme Demirel a souligné que la reconnaissance de la Syrie comme État multiethnique par la résolution constituait un point central et positif.
« Le Parlement européen a adopté une résolution, et j’ai expliqué dans mon discours devant le Parlement que les développements en Syrie suscitent des inquiétudes légitimes », a-t-elle déclaré.
Mme Demirel a qualifié la résolution du Parlement européen d’« étape importante », tout en avertissant qu’elle était insuffisante à elle seule. « Une résolution du Parlement européen ne signifie pas encore que les États membres prendront une position claire », a-t-elle affirmé. « La première étape doit être la levée du siège de Kobané et l’acheminement de l’aide humanitaire. »
« Ce qui ressort de cette résolution – et ce qui est particulièrement important pour nous, à gauche – c’est que la Syrie est un État multiethnique. »
Mme Demirel a critiqué le gouvernement intérimaire syrien pour son incapacité à représenter la diversité ethnique et religieuse du pays, affirmant que, « malheureusement, depuis début janvier, les Kurdes du Rojava, notamment à Kobané, sont toujours assiégés ».
Elle a également critiqué Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, déclarant que lors de sa récente visite en Syrie, celle-ci « a promis des millions de dollars d’aide sans dire un mot sur la situation des Kurdes, des Alaouites et des Druzes ».
Selon Mme Demirel, les institutions européennes et les États membres n’ont jusqu’à présent pas pris de position claire. « Force est de constater que les institutions européennes et les États membres sont restés silencieux jusqu’à présent », a-t-elle déclaré, ajoutant que l’Union européenne ne doit pas ignorer ce problème pour des raisons géopolitiques. (Rudaw)