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Damas et Ankara coordonnent leur politique anti-kurde au Rojava

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, s’est rendu hier, le 9 avril 2026, à Ankara pour une rencontre avec son homologue turc Hakan Fidan. Cette visite intervient seulement quatre jours après le déplacement de Fidan à Damas et s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement accéléré entre le gouvernement syrien de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa et la Turquie.

Selon les déclarations officielles, les discussions ont porté sur le renforcement de la « coopération stratégique », notamment dans les domaines de la sécurité, du commerce, de l’énergie et de la reconstruction. Cependant, de nombreuses sources kurdes et observateurs indépendants estiment que l’un des principaux objectifs de cette rencontre était de coordonner une politique commune contre l’autonomie kurde au Rojava (nord-est de la Syrie).

Contexte : l’écrasement de l’autonomie kurde en janvier 2026

Rappel des faits : en janvier 2026, les forces du gouvernement syrien de transition ont lancé une offensive d’envergure contre les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) et l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES/Rojava). Soutenues logistiquement et militairement par la Turquie, ces opérations ont permis à Damas de reprendre le contrôle de vastes zones, dont Raqqa, Tabqa, et des parties d’Alep et de Hassaké.

L’offensive s’est soldée par :

  • La signature d’un accord d’« intégration » fin janvier 2026, imposant le démantèlement progressif des institutions civiles et militaires kurdes autonomes.

  • L’écrasement de plusieurs poches de résistance, avec des cas documentées d’exécutions sommaires, de tortures et de déplacements forcés de populations kurdes.

  • La prise de contrôle de prisons contenant des milliers de détenus liés à l’organisation État islamique (EI).

Aujourd’hui, des milliers de Kurdes capturés lors de ces affrontements restent détenus par les autorités syriennes. Malgré plusieurs échanges limités de prisonniers, la grande majorité des « otages kurdes » n’a toujours pas été libérée. Les familles dénoncent des disparitions forcées et des conditions de détention inhumaines, soulignant une fois de plus l’injustice subie par le peuple kurde.

Ankara dicte-t-elle la ligne de Damas ?

La Turquie a toujours refusé toute forme d’autonomie kurde à sa frontière sud. Ankara a exercé une pression constante sur le gouvernement syrien pour que celui-ci dissolve complètement les structures du Rojava.

La visite d’Asaad al-Shaibani à Ankara intervient dans un contexte où Damas semble accepter de plus en plus ouvertement les exigences turques en échange d’un soutien politique et économique. Pour les Kurdes du Rojava, cette coordination bilatérale apparaît comme une continuation de la politique de « double occupation » visant l’éradication de tout projet d’autonomie kurde en Syrie.

Réactions et perspectives

Mazloum Abdi, commandant en chef des FDS, a rappelé que l’intégration ne devait pas signifier la dissolution de l’identité et des droits politiques kurdes. La communauté internationale reste divisée : tandis que les États-Unis ont salué l’accord de janvier comme un « jalon historique », plusieurs voix dénoncent un abandon des Kurdes.

La rencontre d’Ankara risque de consolider une ligne dure. En l’absence de garanties internationales pour la protection des populations et la libération des détenus, beaucoup craignent une nouvelle vague de répression. Le Rojava voit aujourd’hui son projet largement démantelé par la convergence d’intérêts entre Damas et Ankara.