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Rûken au Palais des Glaces : une voix kurde entre frissons et résistance

PARIS – La chanteuse kurde, Rûken a offert, ce samedi 4 avril 2026 au Palais des Glaces à Paris, un concert solo d’une rare intensité et d’une profonde sincérité. Pour la première fois dans la capitale française en formule solo, la chanteuse kurde est apparue visiblement émue dès les premières minutes, les yeux brillants face à un public venu célébrer avec elle la richesse de la culture kurde.
 
Dès l’ouverture, Rûken Yılmaz a su créer une connexion intime avec la salle. Sa voix chaude, expressive et habitée, capable de passer d’une douceur presque fragile à une puissance vibrante, a immédiatement enveloppé l’auditoire. Entre tradition et modernité, elle a livré un répertoire équilibré qui a fait voyager les spectateurs entre émotion brute et joie collective.

 

Un hommage chargé d’émotion et de résistance

 
Un moment particulièrement poignant a marqué la soirée : l’interprétation de Pepukê, chanson écrite par une ancienne prisonnière kurde en hommage à Jina Mahsa Amini, une jeune femme kurde tuée par la police des mœurs iranienne à Téhéran en septembre 2022 à cause d’une mèche de cheveux dépassant de son voile. La salle s’est mise à crier « Jin, jiyan, azadî (Femme, vie, liberté) et applaudi longuement cette ode à la résistance et à la liberté.
 
Quelques instants plus tard, elle a enchaîné avec « Serxwebûna Mirîşkan » (« L’indépendance des poules »), adaptation du célèbre poème satirique de Cegerxwîn. Derrière l’apparente légèreté de cette fable, Rûken a rendu hommage à la lutte pour la liberté du peuple kurde, à l’unité et à la révolte collective. Le texte incisif de Cegerxwîn, servi par sa voix nuancée, a pris une dimension universelle et actuelle.
 

Des larmes aux danses endiablées

 
Le concert a ensuite oscillé avec une belle fluidité entre moments intimes et explosions de joie. Des titres plus personnels comme « Çûka Li Serê Darê » ont arraché des larmes aux plus sensibles. Cette ballade délicate, portée par la sensibilité extrême de Rûken, a créé des silences presque religieux dans la salle.
 
À l’opposé, les mélodies plus rythmées et entraînantes, dont « Çi Çeme Çeme » (chanson en dialecte zazaki), ont rapidement fait monter la température. Assez vite, le public s’est levé pour former des rondes kurdes (govend), mains jointes, dans une ambiance festive et libératrice. Les rires, les chants repris en chœur et les battements de pieds ont transformé le Palais des Glaces en une fête kurde au cœur de Paris.
 

Une soirée réussie malgré les aléas

 
Malgré quelques petits soucis techniques (retards sonores mineurs et ajustements rapides), rien n’est venu entacher la magie de la soirée. Rûken, professionnelle et généreuse, a su les surmonter avec le sourire et des plaisanteries, demandant au public comment était sa robe qu’elle a cousue elle-même ou encore quelles étaient les nouvelles parisiennes, créant la complicité avec son public. Sa capacité à passer d’une chanson intimiste à un titre festif sans perdre en authenticité a fait de ce concert un moment complet, à la fois poétique, engagé et joyeux.
 
Au final, ce premier solo parisien de Rûken restera comme une belle réussite : une artiste authentique qui porte avec élégance et émotion l’héritage kurde, dont le dengbêjî, tout en le rendant vivant et universel.
 
Une soirée qui confirme que Rûken Yılmaz n’est pas seulement une voix singulière de la scène kurde contemporaine, mais une passeuse d’émotions et de mémoire collective.