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SYRIE. Jolani va-t-il intégrer les Peshmergas Roj à l’armée syrienne

SYRIE / ROJAVA – Damas aurait proposé d’intégrer les Roj Peshmergas à l’armée nationale pour exploiter leur expérience anti-Daech, s’inscrivant ainsi dans l’accord de fusion des forces kurdes conclu début 2026. Cette proposition intégration, démentie depuis, soulève toutefois des craintes quant à leur déploiement hors des zones kurdes, risquant de raviver les tensions intercommunautaires en Syrie.

L’envoyé présidentiel syrien, Ahmed Al-Hilali (porte-parole de l’équipe présidentielle chargée de l’intégration avec les Forces démocratiques syriennes) aurait déclaré que les Roj Peshmergas, une force armée kurde syrienne entraînée dans la Région du Kurdistan irakien, devraient être invités par Damas à rejoindre les rangs de l’armée syrienne. Selon ses propos relayés par des sources kurdes et des observateurs, l’armée souhaite tirer profit de leurs compétences et de leur expérience acquise lors de la guerre contre l’État islamique (EI/Daech), où ils ont joué un rôle notable aux côtés d’autres forces kurdes.

Les Roj Peshmergas, affiliés au Conseil national kurde syrien (ENKS) et basés principalement en Irak, constituent une alternative historique aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les unités YPG/YPJ. Leur intégration potentielle s’inscrit dans le cadre plus large de l’accord d’intégration progressive conclu le 29-30 janvier 2026 entre Damas et les FDS, qui prévoit la fusion des forces kurdes dans les structures étatiques syriennes (ministères de la Défense et de l’Intérieur), avec la création de divisions et brigades spécifiques dans le nord-est (Hasakah et Kobanê). L’envoyé présidentiel, aurait mis en avant les compétences anti-Daech des Roj Peshmergas comme un atout pour renforcer l’armée nationale unifiée.

Cependant, cette perspective suscite des réserves au sein des communautés kurdes syriennes. Il est considéré comme absolument nécessaire que les Roj Peshmergas exigent, en cas d’intégration, d’être déployés uniquement dans les zones à majorité kurde (Rojava/nord-est syrien), afin de préserver la cohésion communautaire et d’éviter des frictions inutiles, tout en gardant à l’esprit l’injustice historique et les souffrances endurées par le peuple kurde. Damas pourrait en effet être tenté de les redéployer dans des régions sensibles et multiethniques comme Soueïda (majoritairement druze) ou les zones côtières habitées par les Alaouites, où les tensions intercommunautaires restent vives depuis la chute du régime précédent et les violences de 2025.

Un tel déploiement hors des zones kurdes risquerait d’exacerber les méfiances entre minorités : les Alaouites et Druzes craignent une marginalisation accrue sous le gouvernement de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa, tandis que les Kurdes redoutent une dilution de leur influence sécuritaire et une instrumentalisation contre d’autres groupes. Des observateurs soulignent que l’intégration doit respecter les équilibres ethniques et religieux pour éviter une nouvelle vague de tensions, dans un contexte où l’application de l’accord de janvier reste inégale (retraits partiels, frictions locales à Kobani, incidents lors de Newroz).

Cette annonce intervient alors que les négociations sur l’intégration des FDS se poursuivent, avec des réunions récentes entre le commandant Mazloum Abdi et l’envoyé présidentiel Ziad al-Ayesh. Elle pourrait représenter une tentative de Damas de diversifier ses alliés kurdes et de contourner les blocages avec les FDS, mais elle souligne aussi les défis persistants pour une réconciliation nationale inclusive en Syrie post-conflit.