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SYRIE. Les gangs turco-djihadistes attaquent les célébrations kurdes

SYRIE / ROJAVA – Civils tabassés, voitures et drapeaux du Kurdistan brûlés, maisons pillées…, une série d’attaques racistes préméditées menées par des gangs turco-djihadistes a endeuillé les célébrations de Newroz (nouvel-an kurde) à Afrin, Al-Bab, Azaz et Alep.

Le 21 mars 2026, premier jour du Newroz (Nouvel An kurde), symbole millénaire de résistance, de renaissance et de liberté, a été brutalement entaché dans plusieurs zones du nord de la Syrie. À Afrin, Al-Bab, Azaz et dans certains quartiers d’Alep, des gangs armés liés aux autorités de Damas et à l’occupation turque ont lancé une série d’attaques coordonnées contre les civils kurdes qui célébraient pacifiquement la fête.

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place et diffusés par des médias kurdes locaux, ces violences n’ont rien d’accidentel : elles étaient orchestrées à l’avance, avec la complicité ou sous les ordres directs d’agents turcs et de milices pro-Damas opérant dans les zones occupées.

Une chasse à l’homme préméditée

Dès le début des festivités, des groupes armés – mélange de miliciens de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenus par Ankara et d’éléments affiliés aux services de sécurité du gouvernement de transition de Damas – ont surgi dans les rues et les villages kurdes.

Ils ont brûlé des dizaines de véhicules appartenant à des familles kurdes. Ils ont déchiré et brûlé des drapeaux du Kurdistan et des portraits de figures symboliques de la résistance kurde. Ils ont lancé une véritable chasse à l’homme contre les jeunes et les familles qui dansaient le govend (ronde kurde) ou allumaient les feux de joie traditionnels. Des dizaines de civils kurdes ont été tabassés à coups de bâtons, de crosses de kalachnikov et de pierres, sous les cris racistes « Arabes seulement ! » ou « Dehors les traîtres kurdes ! ».

Des vidéos et photos circulant sur les réseaux montrent des scènes d’une violence extrême : hommes et femmes traînés au sol, femmes insultées, enfants terrorisés. Plusieurs blessés graves ont été signalés, dont certains transportés clandestinement vers des hôpitaux de Rojava pour éviter les représailles.

Pillage systématique des maisons vides

Profitant du fait que de nombreuses familles kurdes étaient sorties célébrer Newroz sur les places ou dans les champs, les mêmes gangs ont pillé méthodiquement les domiciles. Meubles, électroménager, argent liquide, bijoux, documents d’identité : tout a été emporté. Dans certains quartiers d’Afrin et d’Al-Bab, les portes ont été défoncées et les maisons marquées de croix ou de tags menaçants.

Cette double stratégie – attaque publique des célébrations + pillage des maisons vides – révèle une volonté claire d’humiliation et de dépossession : frapper les Kurdes dans leur identité culturelle tout en les appauvrissant économiquement.

Contexte : l’occupation turque et la main de Damas

Ces zones (Afrin depuis l’opération « Rameau d’Olivier » en 2018, Al-Bab et Azaz sous contrôle turc via l’ANS) sont depuis des années le théâtre d’une politique systématique de nettoyage ethnique lent et de changement démographique. La Turquie et ses proxies arabes ont déjà chassé des centaines de milliers de Kurdes, installé des colons, changé les noms de rues et interdit les symboles kurdes.

Le nouveau gouvernement de transition à Damas, malgré des discours de « réconciliation », semble tolérer ou même encourager ces exactions pour consolider son contrôle sur le nord et satisfaire Ankara, son nouvel allié de facto.

Les attaques de ce 21 mars 2026 s’inscrivent dans une continuité : chaque Newroz devient une cible parce que la fête incarne précisément ce que ces forces veulent détruire – l’unité kurde, la mémoire de Kawa le forgeron et la volonté de liberté.

Réactions et indignation

Sur les réseaux sociaux et dans la diaspora, l’indignation est massive. Les militants dénoncent « les crimes racistes commis en toute impunité avec le feu vert turc et damasquin ».

Des appels à une enquête internationale et à la protection des civils kurdes ont été lancés. Pour l’instant, aucune condamnation officielle n’est venue ni de Damas ni d’Ankara.

Newroz pîroz be… malgré tout

Malgré la violence, les Kurdes de Rojava et des zones occupées ont refusé de baisser la tête. Dans de nombreux villages, les feux ont continué à brûler toute la nuit. Les chants patriotiques kurdes ont résonné plus fort encore.

Ces attaques racistes ne font que rappeler pourquoi Newroz n’est pas une simple fête du printemps : c’est un acte de résistance politique. Chaque drapeau brûlé, chaque voiture incendiée, chaque Kurde tabassé ne fait que raviver la flamme de Kawa. La fête continue. La lutte aussi.