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La situation désastreuse des Kurdes du Rojava : « normalisation », guerre et réécriture de la mémoire collective

SYRIE / ROJAVA – La « normalisation » imposée au Rojava après les attaques brutales de janvier 2026 (siège et bombardements sur Sheikh Maqsoud et Ashrafiyah, menaces existentielles) masque un gaslighting collectif par Damas et Ankara : la guerre est reformulée en quête de « sécurité », les souffrances kurdes minimisées, et les droits fondamentaux présentés comme de simples « faveurs » ou réformes, signale le journaliste Huseyin Salih Durmus.

L’atmosphère de « normalisation » instaurée après la guerre au Rojava ne peut être interprétée uniquement comme une recherche de la paix ; elle représente également la construction d’un cadre politique et psychologique.

La vague d’attaques qui a débuté au Rojava (nord de la Syrie) le 6 janvier n’était pas qu’une simple opération militaire. Ce qui s’est déroulé a constitué, pour les Kurdes, un nouvel avertissement brutal de la fragilité de leur existence. Le siège de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah [quartiers kurdes d’Alep], le ciblage des civils et le fait que le spectre d’un génocide ait été ouvertement évoqué ont ravivé la mémoire collective de l’injustice subie par le peuple kurde.

Entre mobilisation et discours de façade

La résistance digne manifestée à Alep a déclenché une mobilisation dans les quatre régions du Kurdistan et au sein de la diaspora. Cette solidarité a prouvé que les Kurdes conservent une volonté collective capable de converger vers un consensus supra-politique lorsque leur survie est en jeu. C’est d’ailleurs ce champ de force qui a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS) de revenir à la table des négociations lors de l’accord du 29 janvier 2026.

Pourtant, sitôt le siège levé, un discours de « normalisation » s’est imposé en Turquie comme en Syrie, comme pour effacer le péril existentiel qui venait de traverser la région.

Le piège de la reconstruction psychologique

Ce climat de normalisation ne saurait se réduire à une quête de stabilité. Il s’agit d’une construction visant à redéfinir la mentalité étatique sous l’angle de la sécurité. Le document récent de Devlet Bahçeli, évoquant une « ligne de fracture géopolitique », illustre cette volonté de restreindre les paramètres de la solution tout en amplifiant la menace.

On assiste ici à une forme de gaslighting collectif : la réalité de la guerre est reformulée en « sécurité », et les droits fondamentaux sont présentés comme des « réformes » ou des faveurs. En atténuant la gravité des sacrifices passés, on tente d’abaisser le seuil d’attente de la société kurde.

La mémoire comme boussole politique

La mémoire n’est pas qu’une émotion ; elle est l’arme la plus puissante d’un peuple. Une société qui oublie les promesses non tenues et les projets inachevés ne peut construire une paix durable. L’héritage de cinquante ans de lutte — forgé dans les prisons, les montagnes et l’exil — refuse la soumission. Les Kurdes n’acceptent pas un système qui nie leur existence politique ou qui marchande l’égalité.

L’accent actuel mis sur « l’unité » par la pensée étatique turque semble davantage dicté par les contraintes régionales et internationales que par une réelle prise de conscience historique. Or, une ouverture née de la nécessité ne peut aboutir si elle n’est pas institutionnalisée sur la base d’une égalité réelle.

Le choix de la liberté

La valeur du processus actuel doit se mesurer à sa capacité à élargir l’espace politique kurde, et non à sa propension à invisibiliser les souffrances du Rojava. Comme le soulignait André Malraux : « La liberté n’a pas toujours les mains propres, mais il faut choisir la liberté. »

Ce résumé de l’analyse de Huseyin Salih Durmus rappelle que la situation au Rojava est existentielle. Les Kurdes refusent que leur résistance soit réduite à un chapitre oublié. La mémoire reste leur boussole vers une paix véritable, née d’une volonté sociale forte et souveraine.