SYRIE / ROJAVA – La Turquie s’était initialement opposée à cette prolongation, mais a depuis retiré son objection. Un rapport de l’ONU met en garde contre des attaques ciblant les Kurdes syriens.
Le mécanisme d’enquête des Nations Unies sur la Syrie, connu sous le nom de Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne, va voir son mandat officiellement prolongé.
Selon les informations de Geneva Solutions datées du 18 mars 2026, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU finalise le renouvellement de cette mission pour une année supplémentaire. Alors que le mandat actuel expire le 31 mars, cette décision assure la continuité des investigations dans un paysage politique syrien en pleine mutation.
Le recul diplomatique de la Turquie
Ankara avait initialement manifesté une opposition farouche à ce renouvellement, jugeant le mécanisme « obsolète » après la chute de Bachar el-Assad fin 2024. La diplomatie turque a tenté de substituer à l’enquête indépendante un simple dispositif de « coopération technique ». Toutefois, faute de soutien international et après d’intenses consultations, la Turquie a retiré son objection en échange d’un ajustement mineur du texte intégrant davantage le volet technique.
Un rempart contre l’impunité au Rojava et ailleurs
Cette prolongation est jugée cruciale par des organisations comme Human Rights Watch. La Commission demeure l’unique outil international capable de documenter les violations commises par l’ensemble des acteurs, dans un contexte sécuritaire qui reste alarmant pour les minorités :
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Offensive contre le Rojava : Depuis le début de l’année 2026, une offensive gouvernementale soutenue par des milices pro-turques a contraint les Forces démocratiques syriennes (FDS) à d’importants retraits, provoquant le déplacement de dizaines de milliers de civils kurdes.
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Violences confessionnelles : Des rapports inquiétants font état de massacres ciblés sur des bases ethniques et religieuses, touchant les Alaouites sur la côte (Lattaquié, Tartous), ainsi que les Druzes et les Chrétiens, notamment dans la région de Soueïda.
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Crimes de guerre : L’ONU continue d’identifier des schémas de violence pouvant être qualifiés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
L’enjeu de la justice de transition
Plus d’un an après le changement de régime à Damas, la coopération avec les nouvelles autorités reste limitée et aucun haut responsable n’a encore répondu des crimes de masse documentés depuis 2011. Pour les ONG, maintenir une enquête indépendante est le seul moyen d’éviter que le sort des groupes vulnérables, et particulièrement celui des Kurdes, ne soit sacrifié sur l’autel d’une stabilité politique précaire.
Bien que certains diplomates prônent une fusion progressive avec les institutions syriennes de transition, la documentation onusienne reste le socle indispensable pour garantir une future reddition de comptes et une transition véritablement inclusive.