KURDISTAN – Newroz, la fête du Nouvel An printanier célébrée par les Kurdes et d’autres peuples iraniens autour du 21 mars, n’est pas seulement une tradition folklorique ou un rituel de renaissance saisonnière. Elle est profondément ancrée dans l’identité kurde, comme en témoigne un fragment rare d’un texte médiéval qui relie explicitement Newroz au savoir astrologique et à la culture kurde depuis au moins le XIIIe siècle.

Ce témoignage précieux provient d’un traité d’astrologie du XIIIe siècle intitulé ʾAshǧār va ʾathmār (« Arbres et fruits »), attribué au savant Alīshāh al-Khwārazmī. Ce dernier a préservé un extrait d’un ouvrage aujourd’hui perdu : l’Ahkām-e Nowrūznāmeh-ye Kurdī, que l’on peut traduire par « Les règles (ou présages) du Livre de Newroz kurde ».
Un savoir savant et écrit
Ce Nowrūznāmeh-ye Kurdī appartient à un genre littéraire très répandu dans le monde iranien médiéval : les traités dédiés au jour de l’équinoxe vernal, combinant astronomie, astrologie, rituels et poésie. L’existence d’une version explicitement qualifiée de « kurde » est remarquable. Elle indique que Newroz occupait une place centrale non seulement dans les pratiques collectives, mais aussi dans le savoir écrit des Kurdes.
Le fragment conservé porte sur les présages célestes associés à Newroz — des interprétations des positions des astres pour prédire les événements de l’année à venir. Sa mention dans un manuscrit du XIIIe siècle prouve que, il y a plus de 700 ans, un texte astrologique kurde circulait et était jugé digne d’être cité par les plus grands érudits.
Une identité distincte et millénaire
Des recherches récentes, notamment le travail de l’érudit kurde Hemdad M. Arwandi publié en 2026 par le Kurdistan Center for Iranian Studies, remettent en lumière l’importance de ce texte. Cette découverte renforce l’idée que Newroz n’était pas une simple importation, mais un pilier distinct de l’identité kurde au Moyen Âge, avec ses propres interprétations cosmiques.
Le lien avec les étoiles n’est pas métaphorique : Newroz coïncide précisément avec l’équinoxe de printemps, un événement astronomique majeur qui structurait les calendriers solaires kurdes anciens.
Résistance et renaissance
Aujourd’hui, Newroz reste au cœur de la culture kurde. Associé au mythe de Kawa le forgeron, qui vainquit le tyran Zahhak pour libérer son peuple, il symbolise l’injustice combattue et la liberté retrouvée. Les feux de Newroz qui illuminent les montagnes chaque 21 mars rappellent que cette fête transcende les frontières imposées.
Le fragment de l’Ahkām-e Nowrūznāmeh-ye Kurdī nous enseigne que l’histoire kurde ne se limite pas aux récits des conquérants. Elle est gravée dans les cieux et transmise par des générations de gardiens de la culture. En cette veille de Newroz 2026, ce legs médiéval nous rappelle que la flamme kurde est inextinguible, guidée par les astres depuis des siècles.