TURQUIE / KURDISTAN – Dans un contexte de désarroi politique kurde en Turquie – répression massive du DEM Parti, impasse du processus de paix post-2025 et la fin de la lutte armée -, le régime turc veut imposer aux Kurdes le parti islamiste HÜDA PAR qui gagne du terrain. Pour de nombreux observateurs kurdes, cette ascension n’est pas une coïncidence. Ce parti agit comme l’instrument privilégié de l’État turc et de l’AKP pour diviser le peuple kurde, diluer ses revendications légitimes et enterrer la question nationale sous le voile de la « fraternité islamique ».
Les Kurdes exigent le socle fondamental d’un peuple : reconnaissance constitutionnelle, enseignement en langue maternelle, décriminalisation culturelle et auto-gouvernance réelle. En face, le HÜDA PAR propose une rhétorique islamiste où l’on se contente d’être des « frères musulmans », occultant le fait que le Kurdistan reste fragmenté et colonisé par quatre États musulmans (Turquie, Iran, Irak, Syrie).
Des origines empoisonnées : l’ombre du Hizbullah kurde
Le HÜDA PAR ne s’est pas créé ex nihilo en 2012. Il est l’héritier du Hizbullah kurde (à ne pas confondre avec son homonyme libanais), un groupe armé sunnite des années 1990 responsable de l’assassinat de centaines de militants de la gauche kurde. L’histoire révèle que l’État turc, via ses services de sécurité, a souvent utilisé ce groupe pour affaiblir le mouvement national kurde séculier (PKK) selon la logique de « l’ennemi de mon ennemi ».
Cette filiation se retrouve jusque dans le nom du parti (« Hüda » signifiant Dieu en kurde/persan) et sa structure. L’objectif initial était clair : concurrencer les partis patriotiques (BDP, puis HDP/DEM) en captant l’électorat kurde conservateur.
L’alliance avec l’AKP : une opération « diviser pour régner »
Depuis 2018, le HÜDA PAR s’est imposé comme un allié fidèle de Recep Tayyip Erdoğan, intégrant l’Alliance du Peuple. Pour le mouvement national kurde, c’est le « cheval de Troie » idéal pour Ankara. En fragmentant le vote kurde et en opposant une identité religieuse loyale à l’État face à une identité nationale séculière, l’AKP tente de marginaliser les revendications d’autonomie.
Les propositions de 2025 : des miettes contre la souveraineté
En décembre 2025, le HÜDA PAR a soumis un rapport suggérant des réformes : kurde comme langue d’enseignement, changement de la définition de la citoyenneté et excuses officielles pour les massacres historiques ayant ciblé les Kurdes (Dersim, Şeyh Said).
Cependant, ces propositions sont conditionnées à un abandon du « nationalisme kurde » au profit de l’oumma sunnite à la turque. Le piège est là : offrir quelques concessions culturelles et religieuses cosmétiques pour que le peuple kurde renonce à une véritable auto-détermination politique et à son statut de nation distincte.
La double norme : Palestine vs Kurdistan
Le cynisme du HÜDA PAR et de l’AKP éclate sur la scène internationale. Alors qu’ils dénoncent avec véhémence l’occupation en Palestine, ils restent complices ou silencieux face à l’oppression subie par les Kurdes dans la région. La « fraternité islamique » semble s’arrêter dès que l’oppresseur est un État musulman voisin.
Refuser le piège
Le mouvement kurde séculier reste le seul garant des revendications nationales intégrales. Le HÜDA PAR n’est pas une alternative, mais une voie de garage conçue pour que les Kurdes acceptent un statut de citoyens de seconde zone sous couvert de religion.
Tant que la « fraternité » sera utilisée comme substitut à la justice nationale, le Kurdistan restera sous tutelle. Le rejet de cette instrumentalisation est aujourd’hui une nécessité pour quiconque aspire à voir les Kurdes vivre comme un peuple libre et souverain sur sa terre ancestrale.