SYRIE / ROJAVA – Après huit années d’occupation de la ville kurde d’Afrin et les violations généralisées des droits humains et les bouleversements démographiques opérés par la Turquie colonialiste, des milliers de Kurdes chassés de leurs terres attendent de pouvoir rentrer chez eux dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, espérant reconstruire leur vie après huit années d’exil et de souffrances.
Huit ans d’occupation à Afrin : Entre épuration ethnique et espoir de retour
Ce 18 mars 2026 marque le huitième anniversaire de la chute d’Afrin. Après 58 jours d’une résistance héroïque menée par les habitants aux côtés des Unités de protection du peuple (YPG) et des femmes (YPJ), la ville tombait en 2018 sous le contrôle de l’armée turque et de ses factions affiliées. Depuis, la région vit sous un régime d’occupation marqué par des violations systématiques des droits humains.
Un bastion kurde défiguré
Historiquement connue sous le nom de « Çiyayê Kurmênc » (la Montagne kurde), Afrin constitue l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Avant 2018, les Kurdes représentaient 98 % de la population. En huit ans, ce chiffre a tragiquement chuté à moins de 25 %, suite au déplacement forcé de plus de 300 000 autochtones.
L’occupation a imposé une transformation radicale :
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Turquification : Remplacement des noms de lieux, déploiement massif de drapeaux turcs et marginalisation de la langue kurde.
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Destruction culturelle : 59 sites archéologiques pillés, dont le château de Nabi Huri, et 28 sanctuaires religieux (musulmans et yézidis) profanés.
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Écocide : Plus d’un million d’oliviers, symboles de l’identité locale, ont été abattus. L’huile d’olive d’Afrin est désormais détournée vers les marchés internationaux sous l’étiquette « huile turque ».
Le mécanisme du changement démographique
Ibrahim Sheikho, directeur de l’Organisation des droits de l’homme à Afrin, dénonce une politique délibérée d’ingénierie sociale. Selon lui, la construction de 47 colonies de peuplement, financées parfois par des organisations étrangères sous couvert humanitaire, vise à installer durablement des populations arabes et turkmènes sur les terres kurdes.
« On estime que 700 000 colons ont été installés dans la région pour remplacer les habitants d’origine », précise-t-il.
Un bilan humain et judiciaire lourd
Les rapports documentent un climat de terreur :
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600 civils tués lors de l’invasion initiale (dont 95 enfants).
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10 000 arrestations et enlèvements depuis 2018.
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2 000 disparus, dont de nombreuses femmes et jeunes filles, dont le sort demeure inconnu.
Malgré les preuves soumises aux instances internationales, l’absence de responsabilité judiciaire reste une plaie ouverte. Ibrahim Sheikho rappelle que ces actes sont qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par les Nations Unies.
2026 : Le souffle du retour
L’espoir est réapparu avec l’accord du 29 janvier 2026. Le 10 mars dernier, un premier convoi de 400 familles a regagné Afrin sous les acclamations. Environ 12 000 familles supplémentaires attendent actuellement leur tour depuis les zones de Shahba et du Rojava.
Malgré les tentatives de certains colons d’extorquer de l’argent aux propriétaires pour libérer leurs maisons, la détermination des Kurdes reste intacte. Les estimations actuelles suggèrent que la population kurde est déjà remontée à plus de 77 % dans certaines zones.
Pour Ibrahim Sheikho, ce retour est une « victoire historique » qui doit permettre de restaurer l’identité kurde de la ville et de soigner à nouveau l’olivier, cet éternel symbole de paix.
