AccueilCultureNEWROZ KURDE. La Turquie l'interdit d'abord, puis le réapproprie

NEWROZ KURDE. La Turquie l’interdit d’abord, puis le réapproprie

Newroz, la fête du Nouvel An kurde, iranien et de plusieurs peuples d’Asie centrale, est célébrée depuis des millénaires comme le symbole du renouveau, de la victoire sur l’oppression et du retour du printemps. Selon la légende la plus répandue chez les Kurdes, c’est le forgeron Kawa qui, le 21 mars, alluma un grand feu sur le mont Qendîl pour annoncer la chute du tyran Zuhak (ou Dehak), libérant ainsi le peuple kurde de son joug.
 
 

Les sources historiques ottomanes, notamment des chroniques et des textes littéraires datant du XVIe siècle et plus tard, font référence à Newroz comme une fête « bénie et victorieuse ». Plusieurs de ces écrits identifient Jamshid (figure mythique iranienne ancienne, roi légendaire dans le Shahnameh de Ferdowsi) comme le fondateur originel de Newroz et le relient symboliquement à l’ascendance de « Malik al-Kurd » (le roi des Kurdes), soulignant une connexion ancienne entre cette célébration et l’identité kurde.

 
De l’interdiction à la réappropriation
 
L’ère de la répression (XXe siècle) : Avec l’avènement de la République turque et la politique nationaliste kémaliste des années 1920, Newroz fut explicitement interdit sur le territoire turc. Toute célébration publique était réprimée, qualifiée de manifestation séparatiste ou « anti-turque ». Les feux de Newroz étaient assimilés à des actes subversifs.
 
Le virage des années 2000 : Dans un contexte de revendications kurdes grandissantes, l’État turc a radicalement changé de discours. Newroz fut progressivement « turquifié » : rebaptisé « Nevruz » en turc officiel, présenté comme une fête « turque ancestrale » issue des traditions altaïques, et célébré par les institutions publiques pour diluer sa dimension kurde et révolutionnaire.
 
Une construction idéologique récente
Pourtant, les textes ottomans eux-mêmes, écrits bien avant la République, ne présentent pas Newroz comme une tradition turque ottomane centrale, mais comme une célébration partagée dans l’espace iranien et mésopotamien, avec des liens explicites à la mythologie kurde et perse. La tentative de faire de Newroz une « fête nationale turque » est donc une construction politique récente qui contredit les sources historiques les plus anciennes.
 
Newroz n’appartient pas à un seul peuple, mais sa racine la plus vivante et la plus politique aujourd’hui reste kurde : c’est le jour où l’on défie l’oppression et où l’on allume le feu de la résistance.
 
Toute tentative de l’effacer ou de le réécrire ne fait que renforcer sa signification originelle de lutte pour la liberté.