AccueilKurdistanBashurIrak : coup d’État larvé des milices chiites pro-Iran

Irak : coup d’État larvé des milices chiites pro-Iran

IRAK / KURDISTAN – Au cœur d’une région déjà embrasée par la guerre opposant États-Unis, Israël et Iran, l’Irak semble au bord d’un basculement majeur. Selon des rapports de terrain relayés notamment par des sources kurdes comme Kurd Alarm, des factions armées soutenues par Téhéran, intégrées aux Hachd al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire, FMP/PMF), mèneraient un « coup d’État en douceur » contre les institutions de Bagdad. L’objectif affiché : forcer l’Irak à ouvrir un nouveau front direct contre Israël et les forces américaines présentes sur le sol irakien.

Les faits sur le terrain

Des fuites de renseignement et des images circulant sur les réseaux sociaux montrent un retrait forcé ou ordonné des unités de l’armée et de la police irakiennes de positions stratégiques, en particulier le long de la frontière ouest avec la Syrie. La localité d’Al-Qaim, dans la province d’Anbar, serait désormais entièrement sous contrôle des unités FMP pro-Iran. Ces mouvements concernent aussi les zones frontalières propices à des tirs de missiles longue portée.

Les FMP accusent ouvertement le gouvernement irakien de « faiblesse » pour ne pas avoir déclaré officiellement la guerre aux États-Unis. Des appels circulent pour affronter les bases américaines et, plus audacieux encore, pour lancer des opérations depuis l’Irak en soutien au Hezbollah libanais – potentiellement via des tirs de missiles depuis les monts Sinjar (région yézidîe), directement vers Tel-Aviv.

Un contexte explosif

Depuis le déclenchement des opérations américano-israéliennes contre l’Iran fin février 2026, les milices irakiennes affiliées à Téhéran (sous l’ombrelle de la « Résistance islamique en Irak ») ont multiplié les attaques : drones, missiles contre des bases US en Irak et au Kurdistan irakien, et même contre l’ambassade américaine à Bagdad. En réponse, des frappes non revendiquées (attribuées à Washington ou Tel-Aviv) visent régulièrement des bases FMP, causant des dizaines de morts et blessés parmi les combattants pro-Iran.

Ces milices, officiellement intégrées à l’État irakien depuis 2014 (création des FMP pour combattre Daech), perçoivent des salaires publics et bénéficient d’une légitimité hybride. Pourtant, des groupes comme Kataïb Hezbollah, Asaïb Ahl al-Haq ou d’autres brigades pro-Iran opèrent avec une large autonomie et un agenda aligné sur Téhéran.

Risques pour le Kurdistan et la région

Un journaliste kurde a alerté le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) : si ce coup « soft » dégénère en prise totale du pouvoir, les attaques contre le Kurdistan irakien pourraient s’intensifier. Les factions pro-Iran ont juré d’expulser les forces américaines du nord du pays et menacent implicitement l’autonomie kurde.

Aucune confirmation officielle n’a encore été donnée par Bagdad, mais les signaux d’alarme se multiplient : perte progressive de contrôle des institutions, accusations de trahison contre le gouvernement, et préparation apparente à une escalade militaire majeure depuis le territoire irakien.

Vers un Irak base offensive ?

Si ces mouvements se confirment dans les prochains jours, l’Irak pourrait devenir le théâtre d’un front supplémentaire dans la guerre régionale. Ironie tragique : un État officiellement allié des États-Unis finance et intègre des milices qui visent à le transformer en rampe de lancement contre Washington et Tel-Aviv.

Les prochains jours s’annoncent décisifs. Bagdad parviendra-t-il à reprendre la main, ou assistera-t-on à une bascule complète vers un contrôle accru des proxies iraniens ? La réponse conditionnera non seulement l’avenir de l’Irak, mais aussi l’équilibre précaire du Moyen-Orient en pleine guerre ouverte.