IRAN / ROJHILAT – L’Iran colonial, qu’il s’agisse de l’époque du Shah (dynastie Pahlavi, 1925-1979) ou de la République islamique actuelle, repose historiquement sur une alliance dominante entre l’élite persane (fars) et azérie (turcophone), qui marginalise systématiquement les autres groupes ethniques, dont les Kurdes.
Sous les Pahlavi, cette alliance s’est traduite par une politique de centralisation forcée et de persanisation agressive : interdiction des langues non-persanes (y compris le kurde) dans l’éducation, l’administration et les médias, changement de toponymes kurdes, répression des revendications culturelles et politiques, et militarisation permanente du Kurdistan iranien (Rojhelat). Les Azéris, deuxième plus grande ethnie (environ 20-25 % de la population), ont souvent occupé des postes clés dans l’armée, l’économie et la bureaucratie, partageant avec les Perses un intérêt commun à préserver l’unité nationale centralisée contre toute forme d’autonomie ou de fédéralisme ethnique. Des figures azéries influentes (y compris dans le clergé chiite post-1979, comme l’actuel Guide suprême Khamenei d’origine azérie) renforcent cette coalition au pouvoir, qui voit chez les Kurdes une menace potentielle pour l’Iran colonial.
Quant à l’Azerbaïdjan iranien (région historique d’Azarbayjan), il n’a jamais été exclusivement « azéri » au sens moderne : au Moyen Âge, cette zone (notamment autour de Tabriz) fut contrôlée par la dynastie des Rawadides (ou Ravvadides, env. 955-1071), une principauté sunnite qui serait initialement d’origine arabe (tribu Azd) et qui se serait kurdifiée et est décrite dans les sources médiévales comme kurde. Tabriz en fut la capitale, et elle domina une large partie de l’Azerbaïdjan historique et des régions arméniennes adjacentes. Cette période illustre que l’espace azéri-kurde a été partagé et influencé par des dynamiques kurdes bien avant l’arrivée massive des tribus turques oghouzes (à partir du XIe siècle avec les Seldjoukides), et que la région fut un territoire kurde important avant sa turquisation progressive.
Aujourd’hui comme hier, cette alliance azéro-persane au cœur du pouvoir iranien refuse toute reconnaissance des droits kurdes (autonomie culturelle, linguistique, politique ou fédérale), préférant maintenir une assimilation forcée : répression des partis kurdes (KDPI, Komala, PJAK…), exécutions, militarisation, discrimination économique et culturelle. Les Kurdes, sunnites majoritairement dans un État chiite, restent perçus comme une « menace existentielle » à l’unité nationale, et non comme des partenaires égaux. Cette politique coloniale et assimilatrice explique pourquoi Téhéran ne soutiendra jamais les aspirations kurdes — ni en Iran, ni ailleurs en Rojava ou au Kurdistan irakien — et continue d’exploiter les divisions ethniques pour consolider son emprise.