IRAN / ROJHILAT – Profitant de l’état de guerre avec Israël et les États-Unis, les autorités iraniennes ont transformé la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, en zone militarisée. Les 16 000 détenus — soit trois fois la capacité initiale — subissent une punition collective : suspension totale des visites, isolement sensoriel, pénuries alimentaires et déploiement d’unités anti-émeutes. L’ONG dénonce l’utilisation du conflit comme prétexte pour bafouer les droits fondamentaux des prisonniers, dont beaucoup sont issus des mouvements contestataires kurdes.
Suite à l’escalade des tensions militaires et au déclenchement du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis, les conditions de détention à la prison de Ghezel Hesar à Karaj se sont dégradées de manière sans précédent. Selon des sources internes à l’établissement – qui compte actuellement plus de 16 000 détenus – les autorités ont imposé des mesures de sécurité exceptionnelles et restreint sévèrement les droits fondamentaux des détenus.
Militarisation du milieu carcéral
Au cours de conversations avec plusieurs détenus de la prison de Ghezel Hesar, Hengaw a appris que les autorités avaient déployé un grand nombre de forces de sécurité et d’unités anti-émeutes dans l’ensemble de l’enceinte de la prison et à l’intérieur de plusieurs quartiers.
Selon certaines sources, ces mesures ont été mises en place par crainte de troubles parmi les détenus dans un contexte de quasi-guerre. De ce fait, l’environnement carcéral s’est transformé en une zone de sécurité militarisée, engendrant une forte pression psychologique sur les détenus et leurs familles.
Suspension totale des communications et des visites familiales
En violation flagrante du règlement pénitentiaire iranien, les autorités ont suspendu toutes les visites, en personne ou en cellule, entre les prisonniers et leurs familles depuis le début du récent conflit.
D’après les informations recueillies par Hengaw, la suspension des visites dure depuis environ 11 jours, isolant complètement les détenus de leurs familles. De telles restrictions, surtout lorsqu’elles se prolongent, peuvent constituer une forme de pression psychologique et de punition collective à l’encontre des détenus.
Promesses judiciaires non tenues et manipulation des cautions
Selon des sources pénitentiaires, les responsables de l’administration pénitentiaire et les autorités judiciaires basées à Ghezel Hesar avaient initialement promis aux détenus que des libérations temporaires pourraient être accordées moyennant le paiement d’une caution afin de calmer les tensions au sein de l’établissement.
Cependant, malgré la volonté affichée par de nombreuses familles de payer la caution, ces promesses n’ont pas été tenues et les détenus restent incarcérés. Selon certaines sources, ces promesses servaient surtout de tactique pour contenir la frustration croissante des détenus.
Pénuries alimentaires et dégradation des conditions de vie
Des informations provenant de l’intérieur de la prison font état d’une forte détérioration tant de la qualité que de la quantité des rations alimentaires fournies aux détenus.
Dans le même temps, les magasins des prisons connaissent de graves pénuries de produits alimentaires de base, tandis que l’accès des détenus à des aliments complémentaires et à des biens essentiels a été fortement restreint.
Conjuguées à la surpopulation extrême à l’intérieur de l’établissement, ces pénuries soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la malnutrition et à la propagation des maladies infectieuses parmi les détenus.
Avertissement relatif aux droits humamins
L’organisation Hengaw pour les droits de l’homme avertit que les autorités iraniennes pourraient utiliser les conditions de guerre comme prétexte pour intensifier la répression et bafouer les droits fondamentaux des prisonniers.
En vertu des articles 9 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), même en cas d’état d’urgence, les autorités restent tenues de respecter la dignité et les droits fondamentaux des personnes privées de liberté.
Hengaw appelle les institutions internationales et Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, à surveiller d’urgence la situation des quelque 16 000 prisonniers actuellement détenus à la prison de Ghezel Hesar, dont beaucoup sont maintenus dans des conditions de sécurité déplorables et privés de leurs droits fondamentaux.
La prison de Ghezel Hesar a été initialement conçue pour accueillir environ 5 000 détenus, mais elle abrite actuellement près de 16 000 prisonniers, soit plus de trois fois sa capacité prévue.
La situation s’est aggravée en 2023 avec la fermeture de la prison de Rajai Shahr à Karaj et le transfert de nombreux détenus à Ghezel Hesar. De ce fait, Ghezel Hesar est devenue l’une des prisons les plus surpeuplées d’Iran, ce qui aggrave considérablement les risques humanitaires et sanitaires au sein de l’établissement.