ROUEN, France — À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la ville de Rouen est devenue le théâtre d’une rencontre profonde entre la résistance kurde et la solidarité française. L’artiste et archiviste kurde en exil, Sarya Nurcan Kaya, invitée par le Parti Communiste Français (PCF), a livré un vibrant plaidoyer sur la genèse et la puissance universelle de la philosophie « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté).

Une philosophie née des montagnes et du sang
Dans son intervention intitulée « Une philosophie filtrée des montagnes : Jin, Jiyan, Azadî », Sarya Nurcan Kaya a tenu à rectifier une perception trop souvent superficielle : ces trois mots ne sont pas un simple slogan de manifestation, mais l’aboutissement de siècles de douleur, de résistance et d’espoir.
« Jin, Jiyan, Azadî est un appel viscéral à rétablir le lien brisé entre la femme et la vie », a-t-elle martelé.
Elle a rappelé que cette pensée a été forgée dans la rudesse des montagnes du Kurdistan par le mouvement de libération, avant de devenir le cœur battant de la révolution sociale au Rojava. Ce qui était à l’origine un cri de ralliement local face à l’oppression et à l’obscurantisme est aujourd’hui devenu un langage universel de dignité, porté aux yeux du monde lors des soulèvements de 2022 après l’assassinat de la jeune Kurde Jina Mahsa Amini.

Le voile blanc : Coudre la paix et la mémoire
L’émotion a atteint son comble lorsque l’artiste a présenté une œuvre hautement symbolique : un voile blanc (foulard traditionnel kurde) sur lequel elle a méticuleusement brodé l’inscription « Jin, Jiyan, Azadî ».
Pour Sarya Nurcan Kaya, le blanc du voile incarne la quête inlassable de paix des mères kurdes, tandis que chaque point de couture représente la patience et le travail invisible des femmes qui résistent. Offrir cette œuvre, c’est transmettre le fil de la mémoire kurde, une mémoire que les régimes oppresseurs de la région tentent d’effacer par la violence et l’injustice.
Une solidarité internationale renouvelée
La rencontre a été marquée par un échange chaleureux avec le public français. Les participants ont exprimé leur profonde gratitude envers le peuple kurde, dont le sacrifice en première ligne contre le fondamentalisme profite à l’humanité entière. En remerciant les Kurdes pour leur courage, les militants présents à Rouen ont réaffirmé que la lutte pour la liberté au Kurdistan est indissociable des combats féministes et progressistes mondiaux.
L’événement s’est conclu sur une certitude : si Sarya Nurcan Kaya vit aujourd’hui en exil, sa voix et son art continuent de prouver que les frontières ne peuvent emprisonner une idée dont l’heure est venue.