KURDISTAN – Le Kurdistan agressé de toute part incarne une nouvelle tragédie dans une histoire déjà trop longue de promesses trahies et de pressions écrasantes.
En ce début mars 2026, alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fait rage depuis plusieurs jours, la Région autonome du Kurdistan irakien se retrouve une fois de plus au cœur d’un étau mortel. D’un côté, l’Iran – via ses Gardiens de la Révolution et ses proxies – multiplie les frappes de missiles et de drones sur Erbil et ses environs, ciblant explicitement les bases et quartiers généraux de groupes kurdes iraniens exilés (Komala, PDKI, PAK et autres). Téhéran justifie ces attaques en accusant ces mouvements d’être des « séparatistes terroristes » soutenus par les « ennemis américain et sioniste », et en affirmant vouloir empêcher toute incursion transfrontalière. Des dizaines de ces bombardements ont déjà eu lieu depuis fin février, touchant parfois des zones civiles et semant la peur dans une population qui n’a rien demandé.
De l’autre côté, les États-Unis – sous la présidence Trump – exercent une pression croissante sur les autorités kurdes irakiennes (KRG) pour qu’elles s’alignent plus activement dans le conflit contre l’Iran. Des appels directs ont été rapportés entre Donald Trump et des leaders comme Masoud Barzani ou Bafel Talabani. Washington et la CIA explorent ouvertement l’idée d’armer et de soutenir des groupes kurdes iraniens basés en Irak pour ouvrir un nouveau front terrestre, étirer les forces iraniennes et peut-être déclencher une révolte interne. Certains rapports évoquent même un possible soutien logistique ou aérien américain à une telle opération.
Le résultat ? Les Kurdes d’Irak se retrouvent coincés entre deux feux : les représailles iraniennes qui les bombardent pour les punir d’abriter (ou de tolérer) des opposants iraniens, et les demandes américaines qui les somment de choisir un camp – au risque de perdre leur fragile autonomie, leur stabilité relative et les acquis arrachés depuis 1991. Les autorités kurdes irakiennes, par la voix de Masrour Barzani notamment, ont tenté de proclamer une neutralité, mais dans ce genre de guerre régionale, la neutralité n’existe presque plus.
On empêche les Kurdes d’avoir leur libre arbitre, comme toujours…
Cette situation n’est pas nouvelle. Elle répète un schéma tragique : les Kurdes sont courtisés quand ils peuvent servir d’alliés tactiques contre un ennemi commun (Saddam hier, Daech plus récemment, Téhéran aujourd’hui), puis abandonnés ou punis quand les priorités géopolitiques changent. Leur aspiration à l’autodétermination – ou même simplement à la sécurité – est systématiquement instrumentalisée, jamais réellement respectée.
Aujourd’hui, le Kurdistan irakien paie le prix de sa position géographique stratégique, de ses ressources pétrolières et de son rôle de refuge pour les opposants kurdes iraniens. Mais au fond, ce sont les civils kurdes – à Erbil, Sulaymaniyah ou ailleurs – qui subissent les conséquences : sirènes, explosions, infrastructures touchées, avenir incertain.
Le hashtag #IranWar résume une escalade où les grandes puissances jouent aux échecs avec des peuples entiers. Pour les Kurdes, c’est une énième démonstration que leur sort dépend rarement d’eux-mêmes, mais presque toujours des calculs et des rivalités des autres.
Espérons que cette fois, la voix kurde – trop souvent réduite au rôle de pion – parviendra à s’imposer comme sujet et non comme simple objet de la géopolitique régionale.