AccueilKurdistanPeuple colonisé, réalités contrastées : Les Kurdes face à quatre États

Peuple colonisé, réalités contrastées : Les Kurdes face à quatre États

KURDISTAN – Les Kurdes, peuple colonisé entre quatre pays (Turquie, Iran, Irak et Syrie), vivent des réalités contrastées : autonomie fédérale au Kurdistan d’Irak (KRG), mais persécution systématique et absence totale de droits en Turquie, Syrie et surtout en Iran, où la région kurde – Rojhelat (Kurdistan oriental) – est historiquement au cœur de la résistance nationale depuis la République de Mahabad (1946) jusqu’au soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » déclenché par l’assassinat de Jina Mahsa Amini en 2022.

Voici quelques points clés par la chercheuse kurdophone, Meghan Bodette, pour mieux comprendre la question kurde qui s’impose de nouveau sur la scène internationale à cause de la guerre Iran vs Etats-Unis et Israël :

Explication de la politique régionale kurde, par une personne qui vit dans la région et qui parle la langue.
 
1) Les Kurdes sont un groupe ethnique réparti entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.
 
Ces pays présentent des structures politiques très différentes, tant à l’intérieur qu’entre eux.
 
2) Les Kurdes d’Irak bénéficient d’une autonomie dans le cadre du système fédéral irakien depuis 2003.
 
Il s’agit de la région du Kurdistan d’Irak (KRI) ou du gouvernement régional du Kurdistan (KRG).
 
Elle est dirigée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK).
 
3) Les Kurdes de Turquie, de Syrie et d’Iran ne bénéficient d’aucun statut juridique officiel, de aucun droit ni d’aucune reconnaissance et sont persécutés par les gouvernements centraux de ces trois États. De nombreux mouvements de résistance ont vu le jour en réaction.
 
4) Les régions kurdes d’Iran, connues sous le nom de Kurdistan oriental ou Rojhelat (qui signifie « Est » en kurde), sont depuis des décennies le cœur de la lutte nationale kurde.
 
Le premier État kurde moderne, la République du Kurdistan, a été fondé à Mahabad en 1946 et écrasé par l’Iran la même année.
 
5) Les groupes kurdes se sont opposés à la monarchie en 1979 et ont ensuite été les derniers à résister à l’imposition de la République islamique dans les années 1980. Là encore, pendant un certain temps, les régions kurdes se sont gouvernées elles-mêmes jusqu’à ce que le gouvernement central parvienne à les réprimer.
 
6) Jina Amini, assassinée par la police des mœurs de la République islamique et à l’origine du soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » de 2022, était une Kurde. Ce soulèvement, qui a débuté dans les régions kurdes, a engendré une répression d’État d’une violence inouïe depuis lors.
 
7) Aujourd’hui, en Iran, les Kurdes ne peuvent ni parler librement leur langue ni pratiquer leur culture. Ils représentent une part disproportionnée des prisonniers politiques et des personnes exécutées par rapport à leur poids démographique. Ils ne disposent d’aucun moyen démocratique d’exprimer leur désaccord.
 
8) Les groupes kurdes iraniens doivent donc opérer en exil. Cela signifie généralement au Kurdistan irakien.
 
Mais le Kurdistan irakien, petit territoire enclavé et entouré d’acteurs hostiles plus importants, ne peut se permettre de provoquer l’Iran.
 
9) Les groupes kurdes iraniens réclament l’autonomie et les droits des Kurdes en Iran et ont affronté l’État, parfois par la force, pour les obtenir.
 
Le Kurdistan irakien souhaite préserver son autonomie en Irak et ne provoquera pas les États voisins susceptibles de le menacer.
 
Des acteurs différents, des intérêts différents.
 
10) Nous avons maintenant établi que les Kurdes d’Irak et les Kurdes d’Iran ont des structures politiques, des objectifs et des relations différents avec leurs États centraux respectifs.
 
Nous avons également établi que les Kurdes d’Iran se battent depuis près d’un siècle, et pas seulement depuis cette année ou cette guerre.