IRAN / ROJHILAT – Dans le contexte de la guerre actuelle opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, deux voisins du nord de l’Iran – la Turquie et l’Azerbaïdjan – multiplient les signaux d’une possible intervention militaire qui inquiètent profondément les Kurdes d’Iran…
L’Azerbaïdjan accuse officiellement l’Iran d’avoir lancé une attaque de drones sur son enclave de Nakhchivan le 5 mars 2026 : un drone aurait frappé le terminal de l’aéroport international de Nakhchivan, un autre serait tombé près d’une école. Bakou a convoqué l’ambassadeur iranien, condamné l’acte comme une violation du droit international et « réservé le droit de mesures de représailles appropriées ». De plus, des renforts militaires azéris ont été signalés le long de la frontière iranienne, alimentant les craintes d’une escalade.
De son côté, la Turquie prépare depuis plusieurs jours des plans officiellement « pour gérer un afflux massif de réfugiés iraniens » mais en réalité pour contrer une éventuelles autonomie kurde.
Le ministre turc de l’Intérieur Mustafa Çiftçi a annoncé des mesures inquiétantes : des camps et une zone tampon à la frontière, voire intervention sur le sol iranien pour contenir « les flux à la source ». Officiellement présenté comme une mesure humanitaire, ce dispositif vise surtout à empêcher toute émergence d’une autonomie kurde dans le nord-ouest de l’Iran (Rojhelat / Kurdistan oriental), où les groupes kurdes pourraient profiter du chaos pour consolider leur contrôle.
Une intervention conjointe ou coordonnée turco-azérie dans le nord de l’Iran représenterait un danger existentiel pour les Kurdes d’Iran. Historiquement persécutés, privés de droits linguistiques et culturels, surreprésentés parmi les exécutés et les prisonniers politiques, les Kurdes risqueraient un nouvel épisode de répression massive – voire de nettoyage ethnique – sous couvert de « lutte antiterroriste » ou de « sécurisation des frontières ».
Alors que les Kurdes iraniens n’ont ni armée puissante ni allié direct capable de les protéger efficacement, une telle opération turco-azérie aggraverait leur isolement et leur vulnérabilité.
Les peuples kurdes, déjà divisés et opprimés dans les quatre pays qui se partagent leur patrie historique, méritent une reconnaissance internationale urgente : autonomie, protection des droits humains et, idéalement, une zone d’exclusion aérienne (no-fly zone ou no-flight zone en anglais) pour empêcher de nouveaux massacres.