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ROJAVA. Les Kurdes veulent le retour de leurs otages

SYRIE / ROJAVA – Hier, la douleur et la colère ont envahi les rues de Qamisho, où des centaines de familles kurdes réclamaient des réponses sur le sort de leurs proches disparus le mois dernier, victimes de factions armées proches de Damas.
 
Ces manifestations surviennent alors que l’on craint de plus en plus que près de 2 000 personnes – civils et combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) – soient portées disparues.
 
Un responsable des FDS, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de Rudaw, a déclaré que l’ampleur des disparitions était bien plus importante qu’on ne le pensait initialement.
 
Nombre de disparus seraient des combattants des FDS qui se seraient rendus lors d’intenses affrontements. Les autorités kurdes ont accusé à plusieurs reprises Damas de violer les accords de cessez-le-feu censés garantir un retrait sûr et ordonné des troupes.
 
« Les États-Unis, qui aujourd’hui manquent à leurs obligations de garant, ont pourtant été témoins de l’accord signé avec notre camarade Rohilat à Deir Hafer, qui stipulait un retrait sous 48 heures », a déclaré Yousif Kute, porte-parole des familles des personnes disparues.
 
Cet accord aurait été conclu à Deir Hafer, l’une des premières zones à tomber sous le contrôle de Damas après le repli des forces kurdes vers l’est de l’Euphrate.
 
Rohilat Afrin, commandante en chef des Unités de protection des femmes (YPJ), était signataire de cet accord. Les YPJ, branche féminine des Unités de protection du peuple (YPJ), ont joué un rôle central dans la lutte menée depuis dix ans contre l’État islamique (Daech).
 
« Mais le gouvernement de Damas a violé cet accord », a ajouté Kute. « La veille du départ prévu de nos enfants, ils étaient encerclés. »
 
Ces disparitions ont fait suite à de violents affrontements début janvier aux alentours d’Alep, après l’échec des négociations visant à intégrer les combattants kurdes aux institutions syriennes. Ces violences ont fait des milliers de morts et de déplacés, marquant la plus grave escalade depuis que Damas a intensifié ses efforts pour reprendre le contrôle du pays après la destitution de Bachar el-Assad en décembre 2024.

Dans les semaines qui ont suivi, les factions soutenues par Damas ont progressé vers l’est, s’emparant de villes stratégiques et de champs pétroliers et gaziers, et avançant vers Raqqa et Hassaké. Un cessez-le-feu négocié fin janvier a permis aux forces kurdes de se retirer et a ouvert la voie au déploiement des forces gouvernementales syriennes.

Pour les familles de Qamichli, cependant, ces manœuvres politiques n’apportent que peu de réconfort.

Lors de la manifestation de mercredi, des mères serraient contre elles des photos de leurs fils, la voix brisée par l’émotion, implorant une intervention internationale.

« Pour l’amour de Dieu, ils sont aux mains de l’ennemi. Nous mourons cent fois par jour. Venez à notre secours ! », s’est écriée une mère.

« Je vous en prie, ramenez-nous nos jeunes hommes. Nous sommes morts, nous sommes morts, et personne ne connaît notre sort. »

Parmi eux se trouvait Halima Nabi, qui a déclaré avoir entendu la voix de son fils pour la dernière fois le 17 janvier. Il était en poste à Deir Hafer.

« Il y est resté deux jours », a-t-elle dit d’une voix tremblante. « Le troisième jour, il a disparu. »

Mme Nabi a lancé un appel direct au président Massoud Barzani, l’exhortant à user de son influence pour faire éclater la vérité. (Rudaw)