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KURDISTAN. Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien

KURDISTAN – Cinq partis politiques kurdes iraniens  ont signé aujourd’hui un accord-cadre de coalition, fruit de longues négociations, officialisant ainsi la création d’un front politique unifié. Cette initiative marque une étape importante vers la consolidation politique de l’opposition kurde iranienne, longtemps fragmentée, et aboutit à la création de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien.

 

Les dirigeants des cinq principaux partis kurdes, tous membres du Centre de dialogue, se sont réunis le dimanche 22 février pour finaliser le projet de proposition. Parmi les participants figuraient Mostafa Hijri, secrétaire du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) ; Peyman Viyan, coprésidente du Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) ; Hussein Yazdanpanah, chef du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ; Reza Cabi, secrétaire de Komala des travailleurs du Kurdistan ; et Baba Sheikh Husseini, secrétaire de l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien.

Deux acteurs clés, le Komala, Parti révolutionnaire du Kurdistan iranien et l’Organisation kurde Komala du Parti communiste iranien (PCI), se sont abstenus de signer l’accord, soulignant la fragmentation et la divergence stratégique persistantes au sein des rangs politiques kurdes.

Dans sa déclaration fondatrice, la coalition qualifie le Kurdistan de région « occupée et militarisée » soumise à la répression de la République islamique. Le document présente la coalition comme une réponse à une impasse politique plus large en Iran où, malgré ce qu’elle décrit comme le manque de légitimité du régime, la fragmentation de l’opposition lui a permis de se maintenir au pouvoir.

L’objectif affiché de la coalition est de redéfinir le rôle des acteurs politiques kurdes dans ce contexte politique en pleine mutation. Issue d’un long processus de dialogue et de coordination au sein  du Centre de dialogue, cette initiative vise à unifier les efforts politiques kurdes, à renforcer la position du Kurdistan au sein de l’opposition plus large à la République islamique et à contribuer à façonner un futur ordre politique en Iran.

Les parties signataires définissent trois objectifs principaux : le renversement de la République islamique ; la réalisation du droit à l’autodétermination du peuple kurde ; et la mise en place d’un cadre institutionnel national et démocratique fondé sur la volonté politique de la population kurde du Kurdistan iranien. Parallèlement, la coalition exprime son soutien aux mouvements de protestation qui se déroulent à travers l’Iran et souligne l’importance d’une coopération politique et opérationnelle coordonnée entre les organisations kurdes et les autres acteurs de l’opposition.

La déclaration définit également des paramètres clairs pour les alliances futures. La coopération avec les forces politiques non kurdes, précise-t-elle, sera subordonnée à trois principes : la reconnaissance des droits des nations, l’engagement en faveur d’une gouvernance démocratique et le rejet de toute forme de dictature. Ces conditions témoignent d’une volonté de placer les revendications kurdes – notamment en matière de droits nationaux et de reconnaissance politique – au cœur de toute coalition d’opposition plus large.

Au-delà de ses objectifs politiques immédiats, la coalition défend un cadre normatif plus large. Elle réaffirme son engagement en faveur de la protection de l’environnement, de la justice sociale, de l’égalité des sexes, d’élections libres et équitables et de la protection des droits fondamentaux de toutes les communautés nationales et religieuses du Kurdistan. Elle inscrit également son projet dans une vision plus vaste pour l’Iran, appelant à l’instauration d’un système politique démocratique et laïque garantissant les droits de toutes ses populations, dans toute leur diversité.

Si la formation de cette coalition constitue une étape importante vers la consolidation politique, sa viabilité à long terme demeure incertaine. L’absence de deux grands partis soulève des questions cruciales quant à la future cohésion des forces politiques kurdes en Iran. Si ces divisions persistent, elles risquent de se cristalliser en courants politiques parallèles plutôt que de converger vers un front unifié.

Une telle fragmentation pourrait avoir des conséquences plus vastes. Historiquement, les divisions au sein de la politique kurde ont souvent été exploitées tant par les acteurs étatiques que par les forces d’opposition rivales afin d’affaiblir le pouvoir de négociation des Kurdes et de diluer leur influence dans les négociations politiques nationales. Une dynamique similaire pourrait se reproduire si la coalition actuelle ne parvient pas à s’élargir ou à se réconcilier avec les acteurs non signataires.

Parallèlement, le succès de la coalition dépendra non seulement de son unité formelle, mais aussi de sa capacité à traduire son alignement politique en une coordination durable, une prise de décision inclusive et une représentation crédible des diverses composantes de la communauté kurde. L’adhésion éventuelle des autres partis – ou l’aggravation des divisions – déterminera probablement l’évolution de la politique kurde en Iran et son rôle au sein de l’opposition.

En ce sens, la coalition représente à la fois une opportunité et une épreuve : une chance de surmonter des décennies de fragmentation, mais aussi un moment qui pourrait, s’il est mal géré, la reproduire sous de nouvelles formes. (Via The Amargi)