Mojgan Kavousi, écrivaine kurde du Kurdistan d’Iran, déclare à propos des tombes kurdes du Rojava détruites par les gangs de Damas : « Même la mort n’a pas réussi à faire de nous des frères. »
Kavousi* a publié la photo de la destruction d’un cimetière militaire de Raqqa où étaient enterrés des combattants kurdes et arabes ayant perdu la vie lors de la lutte contre le groupe État islamique (DAECH / ISIS). Les gangs de Damas ont menacé les familles des martyrs à Raqqa et dans d’autres villes, forçant les familles exhumer les corps du cimetière des martyrs et les inhumer dans un cimetière civil.
Mojgan Kavousi est une chercheuse, auteure, traductrice et une ancienne prisonnière politique kurde. Adepte de la religion yarsan, elle a consacré son travail à l’identité et à l’histoire kurdes, notamment en réalisant le documentaire Hiwa sur la langue kurde à Kelardasht et en traduisant l’ouvrage Anfal et l’histoire de Teymour, qui relate la conservation des charniers durant la campagne d’Anfal.
Son activisme lui a valu des arrestations répétées : elle a été détenue une première fois en novembre 2019 suite aux manifestations nationales (Kurdistan) et a purgé une peine jusqu’en janvier 2022. Elle a été arrêtée à nouveau le 22 septembre 2022, lors des manifestations « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî).
À la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, sous la dynastie Qajar, de nombreuses communautés kurdes, notamment les Khvajavand, furent déplacées de force de régions comme Kirmaşan (Kermanshah) et d’autres parties du Kurdistan vers Kelardasht, dans le nord de l’Iran. Si le gouvernement central utilisait officiellement ces communautés kurdes comme « tampon » militaire contre les incursions russes, cette mesure servait également une politique d’assimilation systématique.
En isolant ces lignées de leur berceau géographique et en les entourant d’influences persanes et mazandraniennes, l’État a cherché à éroder leurs liens linguistiques et culturels distincts avec le Kurdistan. Malgré des siècles de pression à l’assimilation à la culture dominante, ces communautés ont résisté à la pression et ont préservé leur identité. Elles continuent aujourd’hui encore de parler leur langue maternelle, même sous la pression politique.