SYRIE / ROJAVA – La révolution du Rojava est devenue un exemple visible et significatif de la résistance kurde grâce à ses réalisations et à son organisation populaire.
L’expérience du Rojava est apparue comme l’aboutissement de la longue lutte du peuple kurde. Ce processus a propulsé les Kurdes sur la scène du nouveau siècle, leur permettant d’affirmer leur présence dans tous les domaines de la vie, de donner sens à leur identité et d’offrir à la région une nouvelle conception de la révolution sociale. Parallèlement, il est devenu le symbole de la marche historique d’un leadership qui a mobilisé les femmes à travers le Moyen-Orient pour la lutte, l’organisation et la conquête d’une vie libre.
Cette marche historique, marquée par les conflits, la résistance et la lutte pour la survie, a engendré un processus qui a bouleversé les équilibres au Rojava et dans tout le Moyen-Orient. La résistance kurde, qui dure depuis plus d’un demi-siècle, demeure aujourd’hui une force déterminante pour le tissu social et politique de la région.
Des marches de grande ampleur sont organisées le 1er février dans de nombreuses villes du Rojava à l’occasion de la « Journée mondiale du Rojava, 1er février ». À Qamishlo notamment, des milliers de personnes devraient descendre dans la rue pour faire entendre des messages forts concernant les récentes attaques contre le Rojava, ainsi que les accords et ententes conclus à la suite de ces attaques.
Suite aux attaques qui ont débuté à Alep le 6 janvier, des millions de Kurdes, à travers les quatre régions du Kurdistan et dans de nombreux pays du monde, se sont rassemblés sur les places publiques, déclarant : « Nous sommes solidaires de la résistance du Rojava. » Les rues sont envahies par les foules qui manifestent leur solidarité et saluer la résistance du Rojava.
Cette période historique a une fois de plus mis en lumière la tradition de résistance kurde. Cette mobilisation collective, forte et rarement observée, a valu au 1er février d’être inscrit dans l’histoire comme la « Journée mondiale du Rojava ».
Accord FDS-Damas
De nombreuses questions restent en suspens, allant des droits constitutionnels des Kurdes aux programmes scolaires. La structure politique et administrative du Rojava devrait être clarifiée prochainement dans un cadre défini, à l’issue des pourparlers diplomatiques à venir.
Le statut des institutions affiliées à l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, la protection des régions kurdes et l’étendue des pouvoirs des comités à créer en vertu d’un accord à conclure avec Damas figurent parmi les questions qui devraient se concrétiser par des mesures pratiques dans un avenir proche.
Les modalités militaires et administratives, telles que les pouvoirs du gouverneur de Hasakah (Hesekê) et le nombre de divisions et de brigades qu’il est prévu de créer, sont également encore en cours de négociation entre les parties.
Un nouveau départ
Bien que la question du Moyen-Orient et de la Syrie ait déjà été abordée, notamment lors des négociations de Paris, comme un projet de génocide, les Kurdes ont refusé d’être réduits à un rôle passif dans les manœuvres internationales et ont, au contraire, infléchi le cours de la guerre. Cette position a non seulement modifié l’équilibre des forces dans la région, mais a également constitué un accomplissement historique, fondé sur l’unité nationale et la résistance.
Au Kurdistan du Nord (Bakur) et dans de nombreuses régions du monde, le peuple kurde et ses alliés se sont mobilisés pour défendre la révolution du Rojava. Cette prise de position collective sans précédent a véhiculé un message fort d’unité nationale parmi les Kurdes. La révolution du Rojava, qui a concrétisé un rêve séculaire partagé par les Kurdes de sept à soixante-dix ans, prend aujourd’hui davantage de sens et de visibilité grâce à ses réalisations.
La lutte des femmes a pris une dimension universelle
Depuis 2011, les femmes kurdes sont en première ligne de la guerre, préservant et perpétuant leur culture, leur art et leur identité sociale et politique. Elles ont également été la force motrice de la révolution au Rojava jusqu’à son état actuel. Les Unités de protection des femmes (YPJ) sont entrées dans l’histoire comme l’incarnation la plus visible et concrète de ce combat.
Ce sont les femmes qui ont affirmé leur volonté de résistance dans tous les domaines de la vie et qui ont tissé la révolution du Rojava, point par point, par leur action politique, diplomatique et sociale. La lutte de longue haleine menée par les femmes kurdes du Rojava restera gravée dans l’histoire comme un puissant témoignage.
En combattant et en résistant, les membres des YPJ ont défendu les acquis du peuple kurde et la cause de la liberté des femmes. Leur détermination est devenue un élément fondamental de l’esprit de la révolution du Rojava.
Quel que soit l’accord conclu avec Damas, ce qui a défini la révolution du Rojava et lui a donné sa couleur et son sens, c’est la résistance des femmes et des combattants kurdes qui luttent sur ces terres depuis des années.
L’expérience du Rojava s’est avérée influente dans toute la région.
Ces quinze dernières années ont été une période extrêmement instructive et transformatrice, non seulement pour les peuples de la région, mais aussi pour les Kurdes.
À partir de 2014, le Rojava a connu un paysage marqué par un conflit armé, une instabilité politique chronique et des équilibres en constante évolution. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, tandis que la Syrie elle-même s’est transformée en un pays qui a bouleversé les dynamiques régionales, aggravé les crises internationales et connu des changements de régime successifs.
Au milieu de ces processus complexes au Rojava, les Kurdes ont préservé leur volonté d’autodétermination, tant à la table des négociations diplomatiques que sur les champs de bataille. Face aux changements de régime, aux pressions internationales et aux menaces militaires, ils ont poursuivi leur chemin sans reculer et sans renoncer à leur propre expérience et à leur résistance.
Cette longue et ardue période a permis aux Kurdes de s’affirmer non seulement comme une communauté régionale, mais aussi comme un acteur politique et militaire efficace. Malgré tous les risques, l’expérience du Rojava est devenue un exemple significatif démontrant qu’une personne peut survivre grâce à son organisation et à sa résistance.
Enes Yildiz pour ANF